Jura : salariés bloqués après coupure informatique et chaos judiciaire
Depuis le 8 juillet, 71 employés de Tech Power Electronics à Courlaoux occupent leur usine après que l'ancien actionnaire allemand a coupé tout le système informatique, paralysant la production.
À Courlaoux, près de Lons-le-Saunier, les salariés de Tech Power Electronics vivent une situation inédite. Leur entreprise, placée en redressement judiciaire en janvier, devait être reprise. Mais l'ancien propriétaire a coupé l'informatique, rendant tout travail impossible. Depuis deux semaines, ils bloquent l'usine.
- Les 71 salariés de Tech Power Electronics à Courlaoux bloquent leur usine depuis le 8 juillet 2026.
- L'ancien actionnaire allemand Palero a coupé tout le système informatique après que le tribunal a validé une offre de reprise française.
- Le plan de reprise prévoyait de sauver 41 emplois sur 71, mais une décision récente du Parquet remet en cause le processus.
- L'entreprise fournit la SNCF et Framatome, son blocage pose des questions de continuité industrielle.
- L'entreprise avait été placée en redressement judiciaire en janvier 2026.
Ils arrivent chaque matin devant des écrans noirs. Depuis le 8 juillet 2026, les 71 salariés de Tech Power Electronics, entreprise d’électronique industrielle installée à Courlaoux, occupent leur site de production. Motif : l’ancien actionnaire, le fonds d’investissement allemand Palero, a coupé l’intégralité du système informatique de l’usine. Machines, logiciels de gestion, outils de production : tout est à l’arrêt. Impossible de travailler, impossible de facturer, impossible de livrer les clients, dont la SNCF et Framatome.
« C’est une vengeance », dénoncent les employés, selon France 3 Régions. Une vengeance qui intervient après que le tribunal de commerce a validé une offre de reprise par une société française, écartant de fait le fonds allemand. Le plan prévoyait de sauver 41 des 71 emplois. Mais au lieu de faciliter la transition, Palero aurait décidé de couper les serveurs depuis l’Allemagne, privant l’entreprise de tout moyen de fonctionner.
Un redressement judiciaire qui bascule
L’histoire commence en janvier 2026, lorsque Tech Power Electronics est placée en redressement judiciaire. L’entreprise, spécialisée dans les équipements électroniques pour le secteur ferroviaire et l’industrie nucléaire, traverse une passe difficile. Plusieurs repreneurs se positionnent. Le tribunal de commerce tranche finalement pour une offre française, jugée plus solide pour l’avenir du site jurassien.
Mais la décision ne passe pas auprès de Palero, l’actionnaire allemand sortant. Selon les salariés, le fonds aurait réagi en coupant brutalement tous les accès informatiques depuis ses serveurs en Allemagne. Résultat : les employés se retrouvent livrés à eux-mêmes, incapables de produire, de gérer les stocks ou de communiquer avec les clients. « On ne peut même plus consulter nos fiches de paie », témoigne un salarié anonyme cité par France 3.
La situation se complique encore lorsqu’une décision récente du Parquet vient remettre en cause l’issue du dossier de reprise. Les contours exacts de cette intervention judiciaire n’ont pas été détaillés publiquement, mais elle bouleverse le processus en cours et plonge les salariés dans une incertitude totale. Qui est propriétaire ? Qui peut relancer la production ? Personne ne sait.
Une usine stratégique à l’arrêt
Tech Power Electronics n’est pas une PME parmi d’autres. L’entreprise fournit des composants électroniques critiques pour la SNCF et Framatome, acteur majeur du nucléaire français. Son blocage pose donc des questions de continuité industrielle, au-delà du seul sort des 71 emplois. Les commandes s’accumulent, les délais explosent, les clients s’impatientent.
Les salariés, eux, restent mobilisés. Depuis deux semaines, ils occupent le site jour et nuit, espérant faire plier l’actionnaire allemand ou obtenir une intervention des autorités. Mais pour l’instant, aucune solution n’émerge. Le tribunal de commerce, le Parquet, la préfecture du Jura : tous sont saisis du dossier, mais la paralysie persiste.
« On ne demande qu’à travailler », résume un représentant syndical. « Mais comment faire sans ordinateurs, sans accès aux données, sans outils ? On est pris en otage. »
Contexte dans le Jura
Le Jura, département de 260 000 habitants, abrite un tissu industriel diversifié, notamment dans la plasturgie, la lunetterie et l’agroalimentaire. Mais l’électronique industrielle reste un secteur plus fragile, dépendant de donneurs d’ordre nationaux et de cycles économiques parfois brutaux. Courlaoux, commune de 1 200 habitants située à quelques kilomètres de Lons-le-Saunier, la préfecture, accueille plusieurs PME industrielles. La fermeture ou la reprise ratée de Tech Power Electronics pèserait lourdement sur l’emploi local.
Le département a connu d’autres tensions sociales ces derniers mois, notamment dans le secteur du bois et de la transformation alimentaire. Mais le cas de Tech Power Electronics se distingue par son caractère inédit : une coupure informatique décidée depuis l’étranger comme moyen de pression, alors même qu’un repreneur a été désigné par la justice. Le préfet du Jura, mobilisé ces dernières semaines sur d’autres dossiers comme la sécurisation de l’étape du Tour de France entre Dole et Belfort, n’a pas encore communiqué publiquement sur la situation de Courlaoux.
Une issue incertaine
À ce stade, trois scénarios se dessinent. Le premier : Palero rétablit les accès informatiques et accepte de coopérer avec le repreneur désigné, permettant une transition ordonnée. Le deuxième : le tribunal de commerce tranche à nouveau, ordonnant éventuellement une réquisition des systèmes ou sanctionnant l’actionnaire récalcitrant. Le troisième, le plus sombre : l’impasse se prolonge, l’entreprise meurt faute de pouvoir produire, et les 71 emplois disparaissent.
Les salariés, eux, refusent ce scénario. « On a des commandes, des clients qui attendent, un savoir-faire reconnu », insiste un technicien. « Tout ce qu’il faut, c’est qu’on nous laisse travailler. » Mais tant que les écrans restent noirs, l’usine restera muette.
La préfecture et le tribunal de commerce doivent désormais trancher rapidement. Chaque jour qui passe fragilise un peu plus l’entreprise et son avenir. Et dans le Jura, une nouvelle fois, ce sont les salariés qui paient le prix des batailles d’actionnaires.