Varages : trois départs de feu volontaires en pleine crise du Gros-Bessillon
Le préfet du Var dénonce des actes criminels survenus le 26 juillet alors que 4 000 hectares brûlent encore et 2 000 personnes restent évacuées
Trois départs d'incendie quasi simultanés d'origine volontaire ont été découverts le 26 juillet à Varages, en plein cœur de la crise du Gros-Bessillon. Le préfet Simon Fabre a condamné ces actes inadmissibles. Une enquête judiciaire est ouverte.
- Trois départs de feu volontaires quasi simultanés découverts le 26 juillet 2026 à Varages, détruisant environ un hectare de végétation.
- Le préfet du Var Simon Fabre a dénoncé ces actes et une enquête judiciaire a été ouverte sous l'autorité du procureur de Draguignan.
- Ces mises à feu interviennent alors que l'incendie du Gros-Bessillon a ravagé 4 000 hectares depuis le 21 juillet, maintenant 2 000 personnes évacuées.
- Plus de 1 100 sapeurs-pompiers, six Canadair et quatre Dash restent mobilisés contre le brasier principal, non fixé au 26 juillet.
- Les actes de mise à feu volontaire sont passibles de quinze ans de réclusion criminelle et 225 000 euros d'amende selon le Code pénal.
Samedi 26 juillet en fin de matinée, les gendarmes découvrent trois points de départ d’incendie à Varages, commune de 1 200 habitants perchée sur les hauteurs du Haut-Var. Les trois feux, allumés quasi simultanément, portent les marques d’une mise à feu volontaire. Simon Babre, préfet du Var, réagit immédiatement sur le réseau social X.
« Ça suffit ! », martèle le représentant de l’État. Alors que le département lutte depuis six jours contre l’incendie du Gros-Bessillon qui a déjà ravagé 4 500 hectares, ces actes criminels surviennent au pire moment. La Gendarmerie nationale a ouvert une enquête sous l’autorité du procureur de la République de Draguignan.
Un hectare de végétation détruit, trois foyers simultanés
Les trois départs de feu ont été maîtrisés rapidement par les sapeurs-pompiers du Var, mobilisés sur place dès l’alerte. Environ un hectare de végétation a brûlé, selon Var Actu. La quasi-simultanéité des trois foyers, répartis sur la commune, ne laisse aucun doute sur leur caractère intentionnel.
Les enquêteurs de la section de recherches de Marseille et de la brigade de recherches de Brignoles ont été dépêchés sur place pour relever les indices. Les trois points d’ignition ont été sécurisés et font l’objet d’analyses techniques. Aucun suspect n’a été interpellé à ce stade.
Le département sous pression depuis six jours
Ces mises à feu interviennent alors que le Var affronte l’une des pires catastrophes de la décennie. L’incendie du Gros-Bessillon, déclaré le 21 juillet dans le massif entre Puget-Ville et Cuers, a détruit 4 000 hectares en six jours. Selon la préfecture, environ 1 500 personnes restaient évacuées au 26 juillet, essentiellement dans les communes de Carnoules, Pignans et Besse-sur-Issole.
Les moyens engagés sont considérables : six Canadair, quatre Dash, deux hélicoptères bombardiers d’eau et près de 1 100 sapeurs-pompiers, selon le dernier point de situation publié par la préfecture. Le feu, attisé par le mistral qui souffle par rafales à 30 km/h, n’est toujours pas fixé. Les équipes au sol progressent sur le front nord, mais la météo reste défavorable jusqu’à lundi.
Des actes passibles de quinze ans de prison
Selon l’article 322-5 du Code pénal, la destruction volontaire par incendie d’un bien appartenant à autrui est punie de dix ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende. Lorsque l’incendie a eu pour effet de mettre en danger des personnes ou de détruire des habitations, la peine peut atteindre quinze ans de réclusion criminelle et 225 000 euros d’amende.
Dans le Var, les pyromanes ne sont pas une nouveauté. En août 2021, un homme de 25 ans avait été condamné à cinq ans de prison ferme pour avoir allumé un incendie à La Môle, dans le golfe de Saint-Tropez. En juillet 2022, un retraité avait été mis en examen pour avoir provoqué un feu de forêt à Cuers, détruisant 12 hectares. Les motivations restent souvent floues : acte de vengeance, pyromanie compulsive, ou simple inconscience.
Varages, commune rurale confrontée au risque incendie
Varages, village de 1 500 habitants situé à 45 kilomètres au nord-ouest de Draguignan, se trouve en zone à risque élevé d’incendie de forêt. La commune, adossée au massif de la Loube, est ceinturée par 70 % de surfaces boisées : pins d’Alep, chênes verts et garrigue sèche. Le plan de prévention des risques incendie de forêt (PPRIF) classe la commune en aléa fort sur la majorité de son territoire.
Le département du Var compte 153 communes et 1,1 million d’habitants. Avec ses 600 000 hectares de forêt, il est le troisième département le plus boisé de France métropolitaine, selon les données de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Chaque été, le risque incendie mobilise des centaines de sapeurs-pompiers et de forestiers-sapeurs. En 2025, 2 300 hectares n’avaient pas brûlé dans le département, un chiffre en deçà de la moyenne décennale mais suffisant pour maintenir la vigilance.
Contexte dans le Var
Le Var se classe parmi les départements les plus exposés au risque incendie en France, aux côtés des Bouches-du-Rhône, de la Corse-du-Sud et des Pyrénées-Orientales. Depuis 2000, la surface moyenne brûlée annuellement dans le département oscille entre 1 500 et 5 000 hectares, selon les statistiques de Prométhée, base de données sur les incendies de forêt en région méditerranéenne.
L’été 2026 s’annonce particulièrement difficile. Les précipitations ont été inférieures de 40 % à la normale entre avril et juin, selon Météo-France. L’indice forêt météo (IFM), qui évalue le risque d’éclosion et de propagation des feux, a dépassé le seuil d’alerte maximale dès le 15 juillet. Les restrictions d’accès aux massifs forestiers sont en vigueur dans tout le département depuis le 1er juillet, interdisant toute circulation hors des routes goudronnées entre 6 heures et 20 heures.
La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dont fait partie le Var, concentre 60 % des surfaces brûlées en France métropolitaine. Le département mobilise chaque été 2 500 sapeurs-pompiers professionnels et volontaires, renforcés par 180 forestiers-sapeurs et 12 avions bombardiers d’eau basés à Marignane et Nîmes-Garons.
Appel à témoins et vigilance renforcée
La gendarmerie du Var lance un appel à témoins pour toute information permettant d’identifier les auteurs des mises à feu de Varages. Les personnes ayant observé des comportements suspects samedi 26 juillet en matinée dans le secteur sont invitées à contacter la brigade de Barjols au 04 94 77 00 17 ou le numéro d’urgence 17.
Le préfet Simon Babre a rappelé que toute infraction aux arrêtés préfectoraux régissant l’accès aux massifs forestiers sera sanctionnée. Les contrevenants s’exposent à une amende de 135 euros, portée à 1 500 euros en cas de récidive. En cas d’incendie provoqué par négligence, les peines peuvent atteindre deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.
Les autorités renforcent également la surveillance des zones sensibles. Dix patrouilles mixtes gendarmerie-Office national des forêts (ONF) sillonnent quotidiennement les massifs du Var, couvrant près de 500 kilomètres de pistes. Des caméras de vidéosurveillance installées sur les hauteurs du massif des Maures et du massif de l’Esterel complètent le dispositif, permettant de détecter tout départ de feu dans un rayon de 15 kilomètres.
La lutte contre le Gros-Bessillon se poursuit
Sur le front du Gros-Bessillon, les équipes au sol ont progressé dans la nuit de samedi à dimanche sur le flanc ouest du massif, créant une ligne de défense de 12 kilomètres. Les Canadair ont effectué 87 rotations samedi, larguant près de 500 000 litres d’eau et de retardant. Le feu reste actif sur trois fronts, mais la tête de l’incendie, qui menaçait jeudi la commune de Rocbaron, semble stabilisée.
Les conditions météorologiques restent défavorables jusqu’à lundi soir. Le mistral, qui souffle à 50 km/h en rafales à 70 km/h, alimente la propagation des flammes. Les températures, qui atteignent 36 degrés en journée, et l’hygrométrie inférieure à 20 % compliquent la tâche des pompiers. Une amélioration est attendue mardi avec une baisse du vent et une légère remontée de l’humidité.
L’enquête sur l’origine de l’incendie du Gros-Bessillon est toujours en cours. Les premières constatations pointent une origine accidentelle, peut-être liée à un véhicule en stationnement sur une végétation sèche, mais aucune conclusion définitive n’a été établie.