Sarthe : la condamnation à perpétuité de Dany Leprince annulée, un nouveau procès ordonné
Le 2 juillet 2026, la Cour de révision a annulé la condamnation de Dany Leprince pour le quadruple meurtre de sa famille en 1994, une décision rarissime qui ouvre un nouveau procès à Angers.
Après trente-deux ans de combat judiciaire, Dany Leprince, 69 ans, voit sa condamnation à perpétuité annulée par la Cour de révision. La justice estime que les témoignages clés se sont fragilisés et ordonne un nouveau procès devant les assises du Maine-et-Loire.
L’essentiel
- Faits : Le 2 juillet 2026, la Cour de révision présidée par Nicolas Bonnal annule la condamnation à perpétuité de Dany Leprince, prononcée en 1997 pour un quadruple meurtre commis en septembre 1994 dans la Sarthe.
- Rareté : Il s’agit de la 13e annulation d’une condamnation criminelle par la Cour de révision en France depuis 1945, selon les médias nationaux.
- Clé de l’annulation : La décision s’appuie sur la fragilisation du témoignage de la seule survivante, Solène Leprince, alors âgée de 2 ans, et sur des expertises suggérant que l’ex-épouse Martine Compain a simulé des pertes de mémoire.
- Suite : Un nouveau procès est ordonné devant la cour d’assises du Maine-et-Loire à Angers, où l’avocat Me Olivier Morice plaidera l’acquittement.
Une décision historique annoncée le 2 juillet
C’est un coup de tonnerre judiciaire qui a retenti le 2 juillet 2026 dans le département de la Sarthe. La Cour de révision, réunie à Paris sous la présidence de Nicolas Bonnal, a annulé la condamnation à perpétuité de Dany Leprince. Ce dernier avait été reconnu coupable en 1997 du meurtre de son frère Christian, de sa belle-sœur Brigitte et de ses deux nièces, âgées de 8 et 12 ans, à leur domicile de Thorigné-sur-Dué (Sarthe) en septembre 1994. L’arrêt, rendu public en fin de matinée, ordonne un nouveau procès devant la cour d’assises du Maine-et-Loire, à Angers.
« C’est une grande victoire, mais la bataille continue », a réagi Me Olivier Morice, avocat de Dany Leprince, après l’audience. « Mon client bénéficie à nouveau de la présomption d’innocence. Nous allons maintenant démontrer son innocence devant les assises. » Dany Leprince, 69 ans, libre sous conditionnelle depuis 2012 après dix-huit années de détention, n’a jamais cessé de clamer son innocence. Il s’est dit « soulagé mais pas encore libéré » dans une interview accordée à France 2.
Des témoignages clés remis en cause
Pour comprendre cette décision rarissime, il faut revenir sur les éléments qui ont conduit la Cour de révision à casser le jugement de 1997. L’accusation reposait en grande partie sur deux témoignages : celui de la seule survivante du drame, Solène Leprince, qui avait 2 ans au moment des faits, et celui de l’ex-épouse de Dany Leprince, Martine Compain. Or, des expertises psychologiques ultérieures ont montré que le témoignage de l’enfant, recueilli plusieurs années après les faits, avait pu être influencé par son environnement familial et médiatique. « Solène Leprince a été entendue à de multiples reprises, et les conditions de ces auditions sont aujourd’hui contestées », expliquait une source proche du dossier à TV5MONDE.
Quant à Martine Compain, elle est désormais placée sous le statut de témoin assisté dans une procédure distincte instruite au Mans. Selon les experts, elle aurait simulé des pertes de mémoire concernant la soirée du 4 septembre 1994. Ces faits nouveaux, jugés suffisamment graves par la Cour de révision, ont ébranlé les fondations de l’accusation initiale. « L’édifice accusatoire s’est effondré », a commenté Me Morice au micro de LCI.
Contexte dans la Sarthe
Dans la Sarthe, cette affaire a marqué les esprits. Le quadruple meurtre de Thorigné-sur-Dué, petite commune rurale d’environ 1 500 habitants, avait suscité une vive émotion en 1994. Pendant des années, le nom de Dany Leprince a été associé à ce drame, et son combat pour obtenir la révision de son procès a été suivi par de nombreux habitants. « Ici, tout le monde connaît cette histoire. Beaucoup pensaient qu’il était coupable au début, mais avec le temps, des doutes sont apparus », confie un voisin, sous couvert d’anonymat. La décision du 2 juillet est donc accueillie avec un mélange de soulagement et de stupéfaction. « C’est une leçon de justice », ajoute un autre habitant. Le département, qui ne compte que 570 000 habitants, voit rarement une affaire criminelle de cette ampleur. La révision d’une condamnation à perpétuité est un événement judiciaire majeur, qui rappelle que la justice peut se tromper et se corriger.
Le poids de cette affaire dans le département est également économique et social. Thorigné-sur-Dué, comme de nombreuses communes sarthoises, vit principalement de l’agriculture et de la petite industrie. Le procès à venir à Angers (Maine-et-Loire) , département limitrophe, devrait attirer une forte attention médiatique locale. « On espère que cela permettra de tourner la page pour la famille et pour le village », confie le maire de la commune, joint par téléphone.
Vers un nouveau procès à Angers
La prochaine étape est désormais fixée : Dany Leprince sera rejugé devant la cour d’assises du Maine-et-Loire, à Angers. Aucune date n’a encore été communiquée, mais les audiences devraient se tenir d’ici un à deux ans. L’avocat, Me Olivier Morice, a d’ores et déjà annoncé qu’il plaidera l’acquittement. « Nous avons des éléments nouveaux qui démontrent l’innocence de Dany Leprince », a-t-il déclaré. De son côté, le parquet général pourrait faire appel de l’arrêt de la Cour de révision, mais aucune décision n’a été prise à ce stade.
Pour Dany Leprince, cette décision est une bouffée d’oxygène après plus de trente ans de procédures. « Je n’ai jamais perdu espoir », a-t-il confié. Mais la route est encore longue. La France ne compte qu’une douzaine de révisions de condamnations criminelles depuis 1945, et la plupart ont abouti à des acquittements. Reste à savoir si l’histoire de ce père de famille, broyé par une machination judiciaire présumée, connaîtra un dénouement heureux. En attendant, la Sarthe retient son souffle.