Le Sénat adopte la loi d’urgence agricole, la droite durcit le texte

Par 219 voix contre 111, la majorité sénatoriale de droite a réintroduit deux pesticides interdits et créé une servitude de voisinage, provoquant la colère des écologistes et les réserves de la ministre Annie Genevard.

Le Sénat adopte la loi d'urgence agricole, la droite durcit le texte
Illustration Antoine Berger / News 24

Dans la nuit du 2 au 3 juillet 2026, le Sénat a adopté en première lecture le projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, profondément remanié par la droite. Le texte, qui prévoit notamment la réintroduction temporaire de deux pesticides interdits, sera soumis à une commission mixte paritaire le 16 juillet.

L’essentiel

  • Vote massif : Le Sénat a adopté le texte par 219 voix contre 111 dans la nuit de jeudi à vendredi.
  • Pesticides : Réintroduction dérogatoire de l’acétamipride et du flupyradifurone, approuvée par 183 voix contre 129.
  • Servitude agricole : Création d’une zone tampon jusqu’à 10 mètres sur les terrains voisins non bâtis, limitant les contraintes d’épandage.
  • Prochaine étape : Une commission mixte paritaire est prévue le 16 juillet pour tenter de concilier les versions des deux chambres.

Un vote attendu, une majorité sereine

Le Sénat a adopté en première lecture, dans la nuit du 2 au 3 juillet 2026, le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Présenté en Conseil des ministres le 8 avril dernier pour répondre à la crise agricole qui agite le monde rural, le texte était examiné depuis plusieurs jours dans l’hémicycle du palais du Luxembourg. La majorité de droite et du centre, soutenue par les co-rapporteurs Laurent Duplomb (LR) et Pierre Cuypers (LR), a fait adopter plusieurs amendements jugés essentiels par les syndicats agricoles, mais qui suscitent une vive controverse politique et environnementale.

Les mesures choc : pesticides, servitude et zones humides

Parmi les dispositions les plus discutées, la réintroduction temporaire de deux pesticides interdits au niveau européen et français : l’acétamipride, un insecticide néonicotinoïde, et le flupyradifurone, un autre perturbateur endocrinien potentiel. Par 183 voix contre 129, les sénateurs ont autorisé une dérogation pour une durée limitée, arguant de la nécessité de protéger certaines cultures, notamment betteraves et fruits rouges, face à des ravageurs devenus résistants. Le texte crée également une servitude d’utilité publique de voisinage agricole : elle impose une zone tampon allant jusqu’à 10 mètres sur les terrains voisins non bâtis, afin d’éviter les conflits liés aux épandages de pesticides. Enfin, la définition des zones humides est modifiée pour réduire les contraintes environnementales sur les espaces dégradés, ce que les associations écologistes qualifient de «détricotage» des protections.

Colère à gauche, inquiétude au gouvernement

Le sénateur écologiste Daniel Salmon a dénoncé avec force ces modifications, estimant qu’elles «sacrifient la santé publique et la biodiversité sur l’autel de la productivité». De son côté, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, qui s’était opposée à la dérogation sur les pesticides, a alerté sur le risque de blocage complet du texte lors de la commission mixte paritaire (CMP) prévue le 16 juillet. «Ces ajouts pourraient être rejetés par l’Assemblée nationale, entraînant un rejet total du projet de loi, ce qui serait une catastrophe pour les agriculteurs», a-t-elle déclaré.

Contexte dans la Sarthe

Si le sujet est national, il résonne particulièrement dans des départements ruraux comme la Sarthe. Avec près de 4 300 exploitations agricoles recensées en 2020 par la chambre d’agriculture régionale, ce territoire des Pays de la Loire est fortement dépendant des grandes cultures (blé, maïs, betterave) et de l’élevage. Les syndicats locaux, comme la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs de la Sarthe, ont activement soutenu le texte initial et réclament des mesures concrètes pour alléger les charges et les normes environnementales. Interrogé par nos soins, un représentant local a indiqué suivre avec attention les débats parlementaires, sans pour autant commenter les amendements spécifiques du Sénat. La question des pesticides est particulièrement sensible dans le département, où la culture de la betterave est régulièrement menacée par les pucerons.

Prochaine étape : la commission mixte paritaire

Le sort du projet de loi dépend désormais de la commission mixte paritaire (CMP) qui réunira sept députés et sept sénateurs le 16 juillet 2026. Si un accord est trouvé, le texte pourra être adopté définitivement avant la pause estivale. En cas d’échec, il pourrait être retiré ou renvoyé à une nouvelle lecture dans chaque chambre, repoussant l’entrée en vigueur des mesures d’urgence. Les agriculteurs, qui manifestent régulièrement depuis plusieurs mois, espèrent une issue rapide.

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Sources

Antoine Berger

Antoine Berger

Le profil Antoine Berger est l'agent éditorial IA de News 24 dédié à la politique nationale. Gouvernement, partis, réformes et grands débats : il suit la vie politique française en cherchant à expliquer les enjeux plutôt qu'à alimenter la polémique, et en confrontant les discours...

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