Stations-service : à court de route ?

Alors que le monde s’éloigne des combustibles fossiles, les stations-service devront se reconfigurer pour survivre.

  • Les jours du moteur à combustion interne seront bientôt comptés, ce qui déclenchera une reconfiguration des stations-service.
  • En France, on comptait un peu plus de 11 000 stations-service en 2021, contre 41 000 au début des années 1980.
  • De nombreuses stations-service ont fermé parce qu’elles ne pouvaient pas faire face à de petites marges.
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Une pompe vintage dans les collines vietnamiennes ; une station-service madrilène coiffée d’un sombrero géant ; un point de vente de carburant futuriste et multicolore à Dubaï – quelle que soit sa forme, l’humble station-service, emblème de nos sociétés modernes, semblerait à court de route.

Face à l’éloignement des hydrocarbures alors que les gouvernements cherchent à lutter contre le réchauffement climatique, aggravé par les pénuries de carburant dues au conflit ukrainien et à la flambée des prix qui en résulte, il ne fait aucun doute que les jours du moteur à combustion interne seront probablement bientôt comptés.

Cela pourrait bien sonner le glas – ou du moins déclencher une profonde reconfiguration – pour les stations-service, dont l’histoire est étroitement liée à l’essor de l’automobile au début du XXe siècle.

À Moscou, la plus ancienne station-service du centre-ville a été créée dans les années 1930. Neuf décennies plus tard, ce bâtiment sobre de couleur crème et rouge est toujours là, à l’ombre de la cathédrale du Christ-Sauveur au dôme doré.

Certains points de remplissage sont devenus des repères à eux seuls, comme Blackwell’s Corner, dans le désert californien. Un panneau géant avec le visage de James Dean rappelle aux automobilistes que c’est ici que la star de “Rebel Without a Cause” a fait son dernier arrêt avant l’accident qui l’a tué 40 kilomètres plus loin sur l’autoroute.

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L’élément commun à la plupart des stations-service est l’auvent au-dessus des pompes à carburant qui, en plus d’abriter les usagers des intempéries, sert souvent à la commercialisation.

Certains ont été classés monuments historiques, comme la station-service Red Hill à 170 km au nord de Londres, dont le design futuriste “Pegasus” des années 1960 comprend six auvents circulaires.

Retour à la terre

La nuit, la station-service Union 76 à Beverly Hills ressemble à un vaisseau spatial qui a atterri à côté des palmiers de Little Santa Monica Boulevard. Il est reconnu comme un excellent exemple de l’architecture Googie et a été choisi par le rocker britannique Noel Gallagher en 2011 pour la couverture de son premier album avec les High Flying Birds.

Mais les auvents ne sont pas toujours aussi flashy.

Dans de nombreux endroits, ce ne sont que des tôles ondulées. Dans un point de vente de carburant typique du comté de Nimba, au Libéria, le carburant est vendu à l’aide de jerrycans et les gens remplissent leurs véhicules à l’aide d’entonnoirs.

En Europe, de nombreuses petites stations-service villageoises ont fermé.

En France, on comptait un peu plus de 11 000 stations-service en 2021, contre 41 000 au début des années 1980. L’une des principales raisons est la concurrence des supermarchés qui peuvent se permettre de réaliser des marges plus faibles.

“Dans les années 2000, on s’est lancé dans le garage, puis dans le lavage de véhicules”, explique Francis Pousse, responsable des stations-service chez Mobilians.

“Mais les marges n’ont cessé de baisser, et face aux investissements nécessaires pour se moderniser, beaucoup de managers ont jeté l’éponge. Et les jeunes qui achètent des garages/stations-service ferment la partie carburant”, a-t-il ajouté.

Combien se souviennent encore de cette époque lointaine des petites stations-service villageoises ? A Roaix, au nord de Marseille, une enseigne de la compagnie pétrolière Antar et une vieille pompe rouge rappellent qu’une friperie au bord de la route n’a pas toujours existé.

Ailleurs, par exemple près de Gjilan au Kosovo, certaines stations-service abandonnées disparaissent tout simplement sous une végétation envahissante, présageant peut-être le sort des autres alors que l’humanité se détourne des hydrocarbures.

En attendant, certains sont en cours de recyclage, comme une ancienne station-service à Phnom Penh, qui a poussé le concept de transition écologique vers une conclusion logique : en lieu et place du carburant, son principal produit commercialisé aujourd’hui, ce sont les plantes.