Revue ‘Vedette’: Le problème d’une vache au paradis

Peu d’endroits sont plus agréables à ruminer pour les vaches que le Valais dans le sud de la Suisse. L’attraction la plus célèbre de cette région alpine est le Cervin, mais c’est aussi là que l’on trouve une race bovine connue sous le nom d’Hérens. Là, sur des pentes raides et luxuriantes, ces animaux brun-noir broutent et broutent encore, utilisant parfois leurs cornes pour labourer la terre et les uns les autres.

Le sujet principal du documentaire français “Vedette” est un spécimen typiquement musclé avec une tête massive et un formidable meuglement de basse. Elle a l’air si dure, si intimidante, même si c’est peut-être un fantasme ; il est, après tout, facile d’imaginer toutes sortes de bêtises sur les animaux. C’est certainement l’une des leçons de “Vedette”, réalisé par Claudine Bories et Patrice Chagnard, qui sont mariés, même s’il n’est pas clair s’ils saisissent parfaitement les messages contradictoires de leur film, ses complexités inexploitées ou son carrément bizarre.

Au cours d’une heure et demie tranquille, parfois creuse, les cinéastes racontent une histoire initialement invitante et bénigne d’une vache et de la zone peu peuplée dans laquelle des créatures à deux et quatre pattes coexistent, apparemment un peu comme les générations précédentes. Avec Bories en tant que narrateur et intervieweur, et Chagnard en charge de la cinématographie, les réalisateurs introduisent un monde qui semble presque épargné par la modernité, malgré des technologies comme les téléphones portables et les trayeuses portables. Une grande partie de cela semble authentique et vraie, même s’il y a aussi une qualité d’office du tourisme dans le ton optimiste et une partie du travail de caméra en vol stationnaire.

Au milieu de copieux plans de beauté de vaches et de terres, le film passe du personnel au légèrement ethnographique et quasi sociologique. Un rituel distinct de cette région est le combat de vaches – “combats de reines” ou “bataille de reines” – des spectacles sans effusion de sang, étonnamment observables, dans lesquels des paires de bovins se poussent l’une contre l’autre. (Leurs cornes ont été émoussées.) Chaque gagnant est ensuite jumelé avec une autre vache jusqu’à ce qu’une championne du coup de tête soit déclarée reine. Elle reçoit une petite couronne de fleurs pour ses peines ; pour leur part, les fiers propriétaires gagnent le droit de se vanter de posséder une reine, un honneur que Vedette détient depuis longtemps.

On ne sait pas pourquoi, quand ou comment ce rituel a émergé, ce qui est typique de l’approche frustrante et incurieuse de Bories et Chagnard. Il y a beaucoup de choses que vous n’apprenez jamais ici, y compris les principes fondamentaux de l’élevage laitier. Les vaches ont besoin d’avoir des veaux pour produire du lait, et à un moment donné, vous voyez Vedette lors d’une naissance difficile. Le veau doit être retiré à l’aide d’une chaîne obstétricale, et juste après sa naissance, il disparaît ; comme la plupart des veaux laitiers, il a probablement été envoyé dans une autre ferme ou à l’abattoir. La possibilité que les veaux de Vedette aient été transformés en côtelettes de veau pourrait être une déception pour certains téléspectateurs, mais cela donnerait une image fidèle de la vie de la plupart des vaches laitières.

Le film perd son fil et son intérêt à mi-chemin après que Vedette ait perdu un combat. Comme ils le font tout au long, les propriétaires parlent des sentiments de Vedette – comment cela affecte «son moral» – anthropomorphisant que Bories ne remet pas en question et fait écho à plusieurs reprises. Pour épargner la honte apparente de Vedette, les propriétaires la déplacent seule dans une grange à côté de la maison des directeurs, où Bories lui chante une chanson et lit à haute voix des passages de “Les animaux sont des machines” de Descartes. J’imagine que les cinéastes ont trouvé cela charmant, bien qu’ils tâtonnent aussi clairement vers une plus grande prise de conscience des animaux au-delà du purement instrumental.

“Vedette” rejoint une liste récente de documentaires sur les utilisations et les abus des animaux de ferme (d’autres incluent “Cow” et “Gunda”). Il est décevant que Bories et Chagnard n’ajoutent rien à ce sujet urgent sur le plan environnemental au-delà de leur propre surprise que ces animaux soient plus que des laiteries indiscernables. Vedette est une gentille vache ; elle mérite plus de considération qu’elle n’en reçoit. Cette superficialité est particulièrement décevante compte tenu de la fin choquante, qui jette tout ce qui précède dans une nouvelle lumière hallucinante. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que, comme l’histoire nous l’apprend, certaines reines perdent plus que leurs couronnes.

Vedette
Non classé. En français, avec sous-titres. Durée : 1h39. Dans les théâtres.