Pour la narration canadienne, c’est maintenant ou jamais. Et “il” est l’adoption de la loi sur la diffusion en ligne, autrement connue sous le nom de projet de loi C-11. Destinée à moderniser la Loi sur la radiodiffusion, cette législation obligera les géants de la technologie comme Amazon, Disney et Netflix à payer leur juste part – et, ce faisant, à garantir que les Canadiens conservent la capacité de raconter leurs propres histoires, à l’antenne et en ligne.

Pour être clair, le streaming a été une aubaine pour les consommateurs et les conteurs. Il a offert de nouvelles occasions aux Canadiens de se faire raconter leur histoire et d’atteindre de nouveaux auditoires au pays et à l’étranger. Mais il est presque impossible de traduire ces opportunités en entreprises canadiennes durables lorsque les bénéfices et le pouvoir décisionnel reposent fermement et éternellement entre les mains de quelques entreprises Big Tech fortement concentrées – de puissantes plateformes défiant les frontières qui sont également extrêmement résistantes aux règles. ou des réglementations de toute sorte émanant de tout gouvernement ou organisme.

Sans surprise, ce pouvoir n’est pas déployé au profit complet et équitable de nos conteurs, ni de notre pays.

Imaginez que vous ayez un invité qui ne se soucie pas de payer un loyer. Peut-être au début avez-vous aimé leur compagnie ; peut-être ont-ils sauté pour le prix de ce qu’ils ont sorti du réfrigérateur et vous ont même occasionnellement acheté un repas ou deux. Mais quand est venu le temps de payer leur part pour des choses importantes comme l’entretien et l’amélioration de la maison, ils se sont essuyés le visage sur vos serviettes propres et ont dit non merci.

C’est effectivement ce que ces plateformes de streaming font au Canada depuis 10 ans. Ils s’écrasent sur notre divan culturel, ne payant rien pour les structures et les systèmes qui permettent à la narration canadienne de survivre et de prospérer. Ils n’opèrent que quand et comment cela convient à leurs modèles commerciaux et à leurs machines de relations publiques.

C’est ce que le projet de loi C-11 cherche à corriger. Plus de trajets gratuits. Au lieu de cela, ceux qui profitent du secteur culturel canadien seront obligés d’y contribuer.

Mais même alors, nous devrons faire plus. Même si nous parvenons à faire adopter le projet de loi, il faudra faire preuve de vigilance pour s’assurer que les contributions recueillies auprès des diffuseurs étrangers parviennent aux conteurs canadiens et y restent. Une surveillance et une surveillance seront nécessaires pour se prémunir contre les efforts déployés par ces géants mondiaux de la technologie pour utiliser leur taille et leur influence pour faire reculer les gains et saper la viabilité de notre secteur culturel.

De cette façon, nous ne nous contentons pas de protéger nos industries culturelles cruciales, nous réaffirmons également notre souveraineté. Techniquement parlant, ces géants sont basés aux États-Unis. Mais ils sont fondamentalement mondiaux dans leur mode de fonctionnement et dans la manière dont ils échappent à la responsabilité. Les règles et réglementations de longue date élaborées dans des pays du monde entier – y compris le nôtre – sont rejetées d’emblée par ces plateformes comme anachroniques et dépassées, déconnectées des forces et des technologies contemporaines. À leur avis, personne ne devrait pouvoir leur dire le contraire.

Ce qui est vraiment alarmant, c’est qu’ils ont réussi, encouragés par ceux qui se délectent de la rhétorique du choix sans entraves et qui n’épargnent aucune pensée pour le travail acharné et le travail lourd requis pour soutenir le développement et la production d’histoires canadiennes.

Pour toutes ces raisons, il est urgent d’agir maintenant. Si nous ne saisissons pas cette occasion pour établir l’équité et la durabilité comme principes de base du projet de loi C-11 et imposer un ensemble clair d’obligations à ces géants de la technologie, nous n’en aurons peut-être plus l’occasion.

Le gouvernement fédéral a déjà présenté une fois une législation sur ce front, mais s’est heurté à une résistance massive. Le nouveau projet de loi répond à bon nombre des préoccupations soulevées lors de la dernière législature, mais il se heurte toujours à la résistance d’intérêts puissants et de leurs alliés.

Alors maintenant c’est une question de volonté. En Europe et au-delà, les pays créent de nouvelles règles et directives pour freiner ces plateformes et uniformiser les règles du jeu. C’est maintenant à notre tour de montrer qu’en tant que Canadiens, nous sommes prêts à nous défendre et à défendre notre pays en changeant les serrures de ceux qui pensent qu’ils peuvent continuer à s’écraser sur notre canapé. C’est notre maison, après tout.