Pour donner la priorité à la santé des enfants, nous devons donner la priorité au travail décent

“Je mange ce qui reste, pour que mes enfants puissent manger suffisamment.”

“Je ne peux plus payer leur thérapie alors nous avons dû arrêter.”

Avec près d’un enfant sur cinq au Canada vivant dans la pauvreté, le Canada obtient de piètres résultats par rapport à d’autres pays, se classant au 24e rang sur 35 pays industrialisés. À Toronto, surnommée la « capitale canadienne de la pauvreté des enfants », près de 25 % des enfants vivent dans la pauvreté. Un rapport accablant de 2017 a révélé que les enfants racialisés de Toronto étaient deux fois plus susceptibles de vivre dans la pauvreté que les enfants non racialisés. Beaucoup de ces enfants ont des soignants à bas salaire ou occupant un emploi précaire, situation aggravée par la pandémie de COVID-19.

Un revenu insuffisant a des répercussions profondes et étendues sur le bien-être d’un enfant, de sa santé physique à ses résultats scolaires. Les familles pauvres peuvent avoir du mal à s’offrir des choix alimentaires sains et nutritifs ; l’insécurité alimentaire infantile peut conduire à l’obésité et à la malnutrition.

Les enfants et les familles en situation de pauvreté font face à la hausse des prix des loyers dans toute la province et peuvent être contraints de vivre dans de mauvaises conditions de logement avec un accès limité aux espaces extérieurs ou aux possibilités d’activités physiques, deux éléments cruciaux pour la santé physique et mentale. L’écart de scolarité entre les élèves à faible revenu et les élèves à revenu élevé s’agrandit, car les élèves à faible revenu font face à des obstacles importants pour terminer leurs études secondaires et poursuivre des études postsecondaires.

Pour les enfants ayant des besoins spéciaux en matière de soins de santé, y compris des troubles du développement ou des problèmes de santé mentale, leur santé dépend de l’accès en temps opportun à des thérapies et à des services spécialisés. De nombreuses ressources accessibles au public ont des listes d’attente qui durent des mois, voire des années, alors que ces services peuvent coûter des centaines de dollars de l’heure sur le marché privé.

Nous avons vu des familles obligées d’accepter plusieurs emplois juste pour que leur enfant puisse bénéficier de quelques heures supplémentaires d’orthophonie ou de conseils en santé mentale. Il est inacceptable dans la société d’aujourd’hui que des enfants ne puissent pas obtenir les soins dont ils ont besoin parce que leur famille n’en a pas les moyens.

Il est clair que pour améliorer la santé des enfants, ce qui est essentiel, c’est un revenu adéquat avec un accès à des congés de maladie payés qui permettent aux familles et aux enfants d’accéder à leurs besoins de base en toute sécurité. À 15 $ l’heure, le salaire minimum actuel est inférieur au coût de la vie dans presque toutes les villes de la province. En plus d’augmenter le salaire minimum à 20 $ de l’heure, les aides familiaux qui travaillent doivent avoir accès à 10 jours de maladie rémunérés permanents.

Sans un nombre suffisant de jours de maladie payés, les enfants peuvent avoir un accès retardé à des soins médicaux en temps opportun, ce qui entraîne une maladie plus grave et des vaccinations, des bilans de santé et des visites thérapeutiques manqués. Un revenu adéquat pour nos patients devrait être une question politique centrale; il doit y avoir une action immédiate pour élever le plancher pour les familles qui ont été économiquement marginalisées par un marché du travail discriminatoire.

En tant que pédiatres, nous voyons de nos propres yeux à quel point la pauvreté nuit aux enfants et aux jeunes. Nous savons que les politiques qui promulguent un salaire décent et des congés de maladie payés sont des interventions efficaces pour réduire la pauvreté des enfants. Nous devons maintenant aux enfants de l’Ontario de les mettre en œuvre.