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Pierre Poilievre devrait apprendre de John Diefenbaker : jouer avec la banque centrale à vos risques et périls

La plupart d’entre nous sont un peu flous quant à ce que fait réellement notre banque centrale. Il ne parle qu’occasionnellement, et dans la langue opaque d’un oracle delphique. Mais nous savons tous qu’il est puissant, essentiel à notre système financier et a une réputation d’intégrité absolue.

Étrangement, dans la plupart des pays, ils sont une invention du XXe siècle, à l’exception de la Banque d’Angleterre. La Réserve fédérale des États-Unis a été fondée en 1913 et notre Banque du Canada deux décennies plus tard. Depuis leur création, ils ont assumé de plus en plus de rôles politiques, en particulier depuis le krach de 2008. Au début, ils étaient de simples garants qu’il y avait suffisamment d’argent imprimé et agissaient en tant que «prêteurs de dernier recours». Aujourd’hui, ils sont les gardiens de l’inflation, fixent les taux d’intérêt et tentent de lutter contre le chômage et même le changement climatique.

La banque et son gouverneur sont aussi essentiels à notre système financier que la Cour suprême l’est à la loi. Ils ne peuvent remplir ce rôle essentiel que s’ils sont perçus comme compétents – et entièrement indépendants de la politique. La réputation financière internationale du Canada dépend de la probité et de la prudence de la banque.

Le candidat à la chefferie du Parti conservateur, Pierre Poilievre, fait semblant de ne rien comprendre à tout cela; il dit qu’il va licencier le gouverneur et prendre la banque sous contrôle politique en lui faisant des exigences politiques spécifiques. Ce n’est pas seulement un non-sens dangereux – c’est une fenêtre sur à quel point il est complètement irresponsable et à quel point il est clairement inapte à être chef de parti, sans parler de Premier ministre.

John Baird, son improbable coprésident de campagne, devrait le faire asseoir et lui raconter une histoire sur le dernier premier ministre conservateur qui a joué avec un tel feu. John Diefenbaker n’aimait pas James Coyne, alors chef de la banque centrale, alors il l’a congédié. Les dommages qu’il a causés au Canada et à son parti ont contribué à la défaite de Dief.

Mais l’histoire est plus intéressante que le résultat. À la fin des années 1950, le Canada était sur l’un de ses vols nationalistes de fantaisie. Nous avons grondé le gouvernement et les entreprises canadiennes pour avoir vendu nos ressources naturelles aux États-Unis. L’illusion que notre prospérité n’exigeait pas que les capitaux américains continuent a frappé les membres des trois partis nationaux, ainsi que le gouverneur de la Banque du Canada. Coyne a également été horrifié par les dépenses des conservateurs, les déficits et le désintérêt pour l’inflation.

Coyne fut ignoré et fut bientôt à couteaux tirés avec le gouvernement Diefenbaker. Perdant les débats privés sur ces politiques essentielles, il a fait une tournée de conférences, attaquant sévèrement le gouvernement. À présent cette est un non-non pour un banquier central. Après quelques négociations, il a accepté de cesser de s’exprimer s’ils mettaient des limites au rythme des dépenses. Dief était tellement en colère d’avoir été rabaissé publiquement qu’il a refusé, exigeant la tête de Coyne. Il l’a obtenu le 13 juillet 1961.

La « démission » de Coyne a fait chuter le dollar canadien, ainsi que les marchés. Des grands du monde de la finance à Toronto, Montréal et New York ont ​​exprimé en privé leur horreur face à cette intervention politique. Peu de patrons financiers canadiens ou américains aimaient Coyne ou ses idées, mais ils détestaient encore plus l’idée d’une banque centrale dirigée par des politiciens. Un an plus tard, Diefenbaker a perdu son énorme majorité, quelques mois après, son gouvernement.

L’Institut Fraser, le principal groupe de réflexion d’extrême droite au Canada, a récemment publié une attaque sévère contre la banque et son mandat élargi. Il n’est pas déraisonnable de se demander à quel point une banque est indépendante lorsqu’elle accepte la volonté d’un gouvernement de non seulement réduire l’inflation et protéger la monnaie, mais aussi de lutter contre le chômage et le changement climatique.

Le gouvernement Trudeau a marché assez près de la ligne en exigeant publiquement cela de la banque. Mais personne ne comprenant à quel point l’indépendance de la banque est essentielle à la réputation du Canada n’appellerait pas à la tête du gouverneur. C’est presque un disqualifiant certain pour quiconque cherche à diriger le pays, compte tenu de son imprudence.

Là encore, l’étrange Pierre se délecte de son imprudence.