Ons Jabeur- La première femme arabe parmi les meilleures tenniswomen du monde

Ons Jabeur est la première joueuse arabe et africaine à remporter deux tournois WTA 1000, à Madrid. Elle avait remporté la victoire en finale, sur sa rivale la Russe Darya Kasatkina, face à laquelle elle s’était inclinée en 2018 à Moscou. Elle a remporté, dimanche 20 juin 2022, sa septième finale sur le circuit WTA, à Berlin, sur Belinda Bencic, déclarant forfait en milieu de match.

Ce samedi 18 juin, Ons Jabeur a battu l’Américaine Coco Gauff en demi-finales à Roland-Garros. Si ce n’est pas l’appel du Général de Gaulle à la résistance, en juin 1940, ça y ressemble. Ons Jabeur endosse le rôle-modèle d’ambassadrice et exhorte les femmes arabes à relever les défis dans tous les sports, sans attendre qu’on les y invite. 

Les fans de foot changent de chaîne pour acclamer Ons

“Il n’y a pas beaucoup de Tunisiennes ou d’Arabes qui jouent, alors j’espère que cela pourra les inspirer”, explique-t-elle, consciente de sa responsabilité historique.

Mais, l’engouement pour sa carrière n’est pas que féminin : son aura en Tunisie est telle que les fans de football, dans les bars, changent de chaîne et suivent les exploits d’une héroïne nationale ! 

Les Tunisiens, qui ont maille à partir avec le pouvoir depuis la révolution du Jasmin en 2010, la surnomment la “Ministre de la Joie”.

Le nombre d’adhérents est passé à 30.000 licenciés et 20 clubs de plus ont ouvert au niveau national.

La présence capitale de femmes dans l’institution

Depuis 2013, la Fédération est dirigée par l’excellente Salma Mouelhi Guizani, qui martèle son ambition de “démocratiser et féminiser” le tennis, en imposant la parité au niveau des organisations. 

Or, sans l’appui de l’État et sans le sponsoring, l’élan populaire est insuffisant à produire un réel changement :  Ons Jabeur remercie Tunisie Telecom, devenu son partenaire officiel, depuis sa victoire à Madrid en 2020. Ses affiches peuplent tout le territoire. 

À présent, plusieurs entreprises s’intéressent à d’autres jeunes championnes, qui ont besoin d’une belle somme pour s’octroyer les services d’un coach privé et d’un préparateur physique. Ons Jabeur a épousé le sien, Karim Kamoun, ancien escrimeur.

La pépinière des dauphines d’Ons Jabeur

Le Tennis-Club de Tunis (TCT) comporte déjà toute une pépinière âgée de 10 à 17 ans, entraînée par la championne algérienne Assia Halo et certains entraîneurs leur décrivent le moindre geste de Jabeur qu’elles imitent. 

Cette identification spontanée à la carrière d’Ons apporte l’essentiel : le mental. Il suffit de voir le visage de Jabeur dans l’effort ou ce moment rageur où elle sert le poing de la victoire après un dernier set pour lire sa rage de vaincre hors du commun. 

Le Tennis Club de Tunis organise chaque année le “Nana Trophy”, un tournoi féminin international, auquel se joint volontiers la coqueluche nationale, Ons Jabeur, réputée pour la puissance de ses drop-shots autant que pour sa gentillesse et son humour. 

Ons Jabeur a déjà une dauphine pressentie, en la jeune personne de Feriel Ben Hassen, 17 ans…

Le sport féminin arabe : la force inspirante + la volonté politique

Ons Jabeur n’est pas seulement une femme remarquable individuellement. Elle avait, derrière elle, la volonté de sa mère de lui mettre une raquette entre les mains dès l’âge de trois ans. C’était possible, car Bourguiba a fait de l’émancipation de la femme et de l’interdit du voile un bouclier du régime autoritaire contre les Frères Musulmans. 

Après la révolution de Jasmin, le parti Ennahda, revenu d’Exil au pouvoir, a dû composer avec cette résistance politique à l’enfermement misogyne des femmes. 

Ce modèle tunisien nous rappelle que le bouleversement des traditions ne tombe pas du ciel : l’émancipation de la femme s’enracine d’abord dans un projet politique, où il faut des femmes à poigne (Jabeur et la Présidente Salma Mouelhi Guizani) pour percer le mur du silence. 

La Tunisie chaotique s’en sort mieux que des régimes, comme l’Iran, le Pakistan ou l’Arabie Saoudite, qui ont du mal à avancer à petits pas. 

Cette lucidité ne reflète aucun pessimisme sur ce combat féminin par le sport dans le monde arabo-musulman. Il souligne des conditions minimales favorables comme le milieu familial, un écho certain dans les cercles de l’État et les fédérations, l’intérêt des sponsors, des mouvements de foule prêts à porter ces rôles-modèles, de jeunes championnes déjà dans les starting-blocks. 

Ons Jabeur est la force motrice qui incarne ce mouvement en Tunisie et le “produit” d’une lente germination sur la condition de la femme, qui plonge ses racines depuis la décolonisation, en incluant le sujet féminin comme entrée dans la modernité.