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Lier réflexivement la violence à la maladie mentale blesse les victimes des deux

Il semble que les politiciens républicains américains aient un nouveau slogan dans leur guerre contre la réforme de la loi sur les armes à feu : les armes à feu ne tuent pas les gens ; font les malades mentaux.

Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, par exemple, n’a pas tardé à blâmer la maladie mentale pour le massacre de 19 enfants et de deux enseignants dans une école primaire d’Uvalde la semaine dernière. Peu importe qu’Abbott n’ait fourni aucune preuve que le tireur était mentalement malade ; ses actions elles-mêmes sont apparemment toutes les preuves dont vous avez besoin.

De même, de nombreuses personnes ont automatiquement supposé que la maladie mentale était le coupable du meurtre de masse de 10 personnes dans une épicerie de Buffalo, NY, au début du mois. Le tireur avait déjà fait l’objet d’une évaluation de santé mentale mais n’avait pas été diagnostiqué avec une maladie.

Comme s’il était conscient que les gens attribueraient ses actions à la maladie mentale, il a écrit un message en ligne avant le massacre déclarant “Je n’ai jamais été diagnostiqué avec un handicap ou un trouble mental”.

Néanmoins, puisque nous ne comprenons pas comment des gens pourraient commettre de telles atrocités, nous – et cela inclut des personnes de toutes tendances politiques, pas seulement des politiciens républicains – recherchons une explication plausible. Autrefois, les gens concluaient que le diable les avait poussés à le faire ; maintenant, nous sommes sûrs que la maladie mentale est le coupable.

Certes, il y a des circonstances limitées dans lesquelles la maladie mentale est associée à de la violence grave. L’American Psychological Association note qu’une étude influente a découvert une corrélation entre la violence et deux symptômes : les délires de persécution, comme croire que quelqu’un a planté un dispositif de suivi sous sa peau, et les hallucinations de « commande » – entendre des voix ordonnant au patient de faire du mal à quelqu’un.

Cependant, ces symptômes, qui sont couramment associés à la schizophrénie paranoïde, répondent bien à la thérapie avec des médicaments antipsychotiques, et donc le traitement est un élément essentiel pour réduire le risque de violence.

Quoi qu’il en soit, la schizophrénie paranoïaque ne représente qu’un faible pourcentage de personnes diagnostiquées avec un trouble mental. Pourtant, l’hypothèse selon laquelle la maladie mentale est toujours inextricablement liée à la violence a un prix élevé, en particulier pour un Canadien sur cinq qui connaîtra des problèmes de santé mentale au cours de sa vie.

La stigmatisation a longtemps été et continue d’être un problème sérieux. Elle peut nuire à tous les aspects de la vie des gens, de leurs relations à leur emploi, leur éducation, leur logement et leurs soins de santé.

Et puisque le chômage, la pauvreté et l’insécurité du logement sont tous des facteurs associés à la violence, la stigmatisation, plutôt que la maladie mentale elle-même, augmente fréquemment le risque de comportement violent. En effet, le MacArthur Violence Risk Assessment a démontré que les personnes atteintes de maladie mentale ne sont pas plus violentes que les autres personnes vivant dans le même quartier.

De plus, la stigmatisation augmente le risque que les personnes atteintes de maladie mentale deviennent elles-mêmes victimes de violence. Selon Statistique Canada, 69 % des personnes ayant des troubles de santé mentale ont déclaré avoir été agressées physiquement ou sexuellement, comparativement à 36 % de la population générale. Et malheureusement, être victimisé augmente le risque d’agir violemment.

La stigmatisation et ses conséquences sont donc souvent responsables de violences. Mais si une personne atteinte d’un trouble mental diagnostiqué commet un acte violent, nous supposons toujours que c’est le résultat du trouble, plutôt que le résultat de la stigmatisation et de ses facteurs socio-économiques associés.

Pour faire ressortir la stigmatisation : Imaginez qu’on apprend qu’un délinquant violent souffre d’une maladie cardiaque et qu’on suppose automatiquement que c’est la maladie qui a causé la violence. Nous considérerions, à juste titre, qu’il s’agit d’une inférence absurde.

Pourtant, on ne voit toujours pas l’absurdité d’associer réflexivement maladie mentale et violence. Et jusqu’à ce que nous le fassions, nous rendons un mauvais service aux survivants des deux.