Qu’est-il arrivé au changement climatique ? Les prix exorbitants de l’essence se sont produits, voilà quoi.

Sinon, comment expliquer pourquoi un problème qui, selon les Nations Unies, constitue une menace existentielle pour la vie humaine sur la planète est tombé loin dans la liste des préoccupations des électeurs ontariens?

Pas plus tard qu’en septembre dernier, les électeurs ont déclaré aux sondeurs que l’environnement était leur problème numéro un. Mais lors des élections provinciales en cours, ces mêmes électeurs placent les soins de santé, le coût de la vie, le logement et l’économie au premier rang de leurs préoccupations. L’environnement et le changement climatique sont loin derrière, avec seulement 8 % d’entre eux qui les placent en tête.

C’est certes décevant, mais ce n’est pas une grande surprise. Lorsque l’économie tourne bien, les gens sont prêts à réfléchir à des défis à plus long terme comme le climat. Mais lorsque l’économie atteint un ralentisseur, et surtout lorsque le prix de l’énergie monte en flèche, des problèmes immédiats de portefeuille viennent au premier plan.

C’est dans la nature humaine de s’inquiéter d’abord des menaces directes à la sécurité économique de votre famille. Qui pense au climat lorsqu’un réservoir d’essence coûte 100 $ ou plus? Mais ce genre de court-termisme permet aux politiciens qui ne sont pas vraiment engagés dans la lutte contre le changement climatique de se tirer d’affaire.

C’est ce qui se passe actuellement en Ontario, mais ce ne devrait pas être le cas. Le bilan du gouvernement Ford sur les questions environnementales est terrible, et il devrait être au centre des préoccupations alors que les électeurs décident à qui faire confiance lors de leur vote le 2 juin.

Il est peut-être difficile de s’en souvenir après les deux dernières années de pandémie, mais la première décision des progressistes-conservateurs lorsqu’ils ont pris le pouvoir en 2018 a été d’annuler le plan du gouvernement libéral visant à réduire les émissions de carbone grâce à un système de plafonnement et d’échange. Ensuite, ils ont combattu les autorités fédérales devant les tribunaux sur la question, dépensant des millions et finissant par perdre devant la Cour suprême.

Comme l’écrivait l’écologiste Mark Winfield dans le Star la semaine dernière, ce n’était que l’apéritif. Le gouvernement a également annulé quelque 758 contrats d’énergie renouvelable, supprimé le bureau du commissaire provincial à l’environnement, édulcoré les règles visant à protéger les espèces en voie de disparition, réduit le financement des efforts de conservation, réécrit les règles de planification pour favoriser les promoteurs et affaibli les réglementations relatives à la pollution industrielle de l’eau.

Oh, et il avance à toute vitesse avec des projets de construction de l’autoroute 413 dans le nord du Grand Toronto, ouvrant des centaines d’hectares de terres agricoles et de ceinture de verdure en cours de route. Il pousse également d’autres grands projets routiers.

Il n’y a pas que les militants écologistes et les éditorialistes qui ont vu tout cela avec une inquiétude justifiée. Le vérificateur général de l’Ontario a averti en 2020 que le gouvernement ne prenait pas suffisamment de mesures pour atteindre ses propres objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle a suivi cela l’année suivante en constatant que le gouvernement ne respectait pas les exigences de consultation des citoyens sur les principales décisions environnementales.

C’est un triste record, et selon les tendances actuelles, il est susceptible de s’aggraver. Comme Marco Chown Oved et Jacob Lorinc l’ont récemment rapporté dans le Star, les émissions de gaz à effet de serre du réseau énergétique de l’Ontario devraient augmenter de plus de 400 % au cours des deux prochaines décennies en conséquence directe de l’annulation de ces contrats d’énergie renouvelable. C’est selon les prévisions officielles de la société d’État qui gère le réseau énergétique de l’Ontario, l’Independent Electricity System Operator.

La raison en est que l’Ontario doit fermer son réacteur nucléaire à Pickering, qui représente 16 % de l’électricité consommée dans la province, en 2025. Les énergies renouvelables propres n’étant plus disponibles, la province devra augmenter sa production de gaz naturel. plantes pour fournir la différence. Cela augmentera considérablement les émissions de GES et sapera l’engagement du Canada à réduire ces mêmes émissions.

Comme Jack Gibbons, président de l’Ontario Clean Air Alliance, l’a dit au Star : « Nous allons totalement dans la mauvaise direction.

Tous les partis d’opposition proposent des plans crédibles pour inverser la tendance et prendre au sérieux les questions environnementales/climatiques.

Le Parti vert, fidèle à son nom, est le plus ambitieux, avec un plan global de 65 milliards de dollars pour bâtir une économie plus verte et plus durable. Les néo-démocrates et les libéraux s’orienteraient vers des émissions nettes nulles, avec différentes combinaisons d’énergies renouvelables, de mesures de conservation, de construction de transports en commun et de soutien aux véhicules électriques. Tous annuleraient le projet de l’autoroute 413.

Mais les deux principaux partis d’opposition savent de quel côté souffle le vent. Ils savent que les électeurs se concentrent sur les problèmes de portefeuille, en particulier la hausse des prix. Ils peuvent voir clair dans la tentative flagrante du gouvernement Ford de soudoyer les électeurs en réduisant les frais de licence au coût de 1 milliard de dollars, mais ils ne peuvent pas se résoudre à condamner réellement le stratagème.

En fin de compte, cela dépend des électeurs eux-mêmes. S’ils mettent de côté les priorités environnementales chaque fois que les perspectives économiques s’assombrissent, ils peuvent s’attendre à ce que les politiciens, du moins beaucoup d’entre eux, fassent de même. L’alternative est d’adopter une vision à plus long terme et de se rendre compte qu’économiser quelques dollars maintenant au détriment de l’avenir est un pari qui ne rapportera pas.