Les autorités françaises interdisent de manifester contre les violences policières à Paris

Les autorités françaises ont confirmé qu’une manifestation contre les violences policières qui devait avoir lieu samedi à Paris ne pourrait pas avoir lieu en raison du manque de policiers. Les ONG estiment que cette interdiction témoigne d’une approche « de plus en plus répressive » de la part des autorités.

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Les juges du tribunal administratif de Paris ont rejeté samedi à midi un recours formé par une organisation nationale contre les violences policières (la Coordination nationale contre les violences policières) pour permettre le déroulement de la manifestation de samedi place de la République à partir de 15 heures.

Cette décision fait suite à une annonce mercredi du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin interdisant toute manifestation jusqu’au 15 juillet « directement liée aux émeutes » qui ont suivi la mort de Nahel M., 17 ans, tuée par balle par la police le 27 juin. à Nanterre, en banlieue parisienne, à la suite d’un contrôle routier.

La France a été secouée par près d’une semaine de violentes manifestations contre les violences policières après la mort de l’adolescent.

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Le préfet de police de Paris, Laurent Nunez, avait déclaré jeudi que la manifestation de samedi ne pourrait avoir lieu en raison d’un risque de « troubles à l’ordre public ».

Nunez a évoqué le manque de policiers disponibles pour assurer la sécurité lors de l’événement, après que les forces de sécurité ont été « fortement mobilisées » lors des émeutes et des célébrations annuelles du 14 juillet en France.

Les ONG, les syndicats et les partis de gauche ont réagi avec colère à cette interdiction.

« La préfecture de police appuyée par les juges du tribunal administratif de Paris bloquent tous les canaux d’expression démocratique de revendications parfaitement légitimes », a déclaré Lucie Simon, avocate représentant les organisateurs de la manifestation de samedi.

Suite à la décision du tribunal, les organisateurs ont annulé l’événement quelques heures avant la date prévue.

Une quinzaine de véhicules des forces de l’ordre étaient toujours présents place de la République en prévision des manifestants, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Pierre Brunisso, de l’ONG française Ligue des droits de l’homme, a déclaré que la situation en France devenait « de plus en plus répressive », les manifestants ayant de plus en plus le sentiment d’avoir besoin d’une « autorisation » de la préfecture de police pour manifester.

Les forces de sécurité « épuisées »

S’adressant samedi matin au tribunal administratif, un représentant de la préfecture de police a déclaré que le problème n’était « pas l’objet de la manifestation mais la possibilité que des individus violents » y participent.

Il a également évoqué la « faible disponibilité » de la police pour intervenir sur l’événement après une mobilisation à grande échelle des forces de sécurité jeudi et vendredi pour surveiller les célébrations du 14 juillet et pendant les nuits de violentes manifestations qui ont suivi l’assassinat de Nahel M.

Les quelque 10 000 policiers et gendarmes qui travaillaient jeudi et vendredi à Paris et en petite couronne sont désormais en congé, ce qui signifie que seules « cinq unités » sont disponibles pendant le week-end, a indiqué un responsable de la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC).

Le préfet de police de la capitale a également interdit la semaine dernière une marche dans le Val-d’Oise, en banlieue parisienne, pour honorer la mémoire d’Adama Traoré, décédé peu après son arrestation par les gendarmes en juillet 2016.

Les forces de police ont déclaré qu’elles ne disposaient pas de suffisamment de personnel pour assurer la sécurité de l’événement.

« La police est épuisée », a déclaré Nunez lors d’une audience devant le tribunal administratif, qui a approuvé l’interdiction.

Cette marche a été interdite une seconde fois après que les organisateurs ont déplacé le lieu vers la Place de la République à Paris. Quelque 2 000 personnes s’y sont quand même rassemblées le 8 juillet.

(FRANCE 24 avec AFP)