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Le projet de loi 96 du Québec brise les droits

“Tous les droits de l’homme ont un statut égal et ne peuvent être classés dans un ordre hiérarchique.”

Cette déclaration, qui vient des Nations Unies, exprime un principe fondamental des droits de l’homme, à savoir que tous les droits sont égaux et indivisibles. Tout comme vous ne pouvez pas augmenter votre dignité en diminuant la dignité des autres, vous ne pouvez pas renforcer un droit de l’homme en affaiblissant les autres.

Sauf, apparemment, au Québec. Le projet de loi 96, adopté mardi par l’Assemblée nationale du Québec, vise à protéger et à défendre la langue française. Mais il le fait au détriment de nombreux droits garantis tant par la Charte canadienne des droits et libertés que par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

Et ne vous y trompez pas : la loi 96 met en péril de nombreux droits, pas seulement ceux concernant la langue. Étant donné l’indivisibilité des droits, la restriction des droits de la langue anglaise porte nécessairement atteinte à un vaste éventail d’autres droits protégés par les deux chartes, des droits autochtones aux droits légaux en passant par les droits à l’égalité et les droits à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne.

Les peuples autochtones ont soutenu, par exemple, que tout comme le gouvernement du Québec cherche à protéger le français, les peuples autochtones ont cherché à protéger leurs langues. Et en exigeant la réussite d’un plus grand nombre de cours de français dans les collèges anglophones du Québec (cégeps), la loi limite la capacité des peuples autochtones à recevoir une éducation, puisque le français est une troisième langue pour plusieurs d’entre eux.

De même, de nombreux commentateurs ont noté que puisque le projet de loi 96 accorde aux enquêteurs de larges pouvoirs pour s’assurer que les entreprises respectent les lois linguistiques, il porte atteinte au droit d’être protégé contre les perquisitions et saisies abusives.

Bien que les législateurs québécois insistent sur le fait que la loi 96 n’affectera pas le droit de recevoir des soins de santé en anglais, les médecins québécois ont mis en garde contre certaines « zones grises » dans la loi, ce qui signifie que les droits à la vie et à la sécurité de la personne sont en jeu. Et tous ces exemples suggèrent une menace pour les droits à l’égalité des personnes lésées.

Dans des circonstances normales, de telles violations des droits pourraient être corrigées en contestant le projet de loi 96 en vertu de la Charte canadienne ou québécoise. Mais le projet de loi 96 élimine effectivement ce recours en activant de manière préventive les clauses dérogatoires des deux chartes et en les appliquant à chaque article du projet de loi.

De plus, la professeure de droit de l’Université McGill, Pearl Eliadis, soutient que le projet de loi 96 va probablement à l’encontre du droit international. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui a inspiré les Chartes canadienne et québécoise, et auquel le Canada et le Québec sont juridiquement liés, oblige les signataires à garantir des droits exempts de toute distinction fondée sur la langue.

Puisque c’est précisément ce que fait le projet de loi 96, Eliadis soutient que le Canada et le Québec pourraient être cités pour violation du droit international. Ce n’est certainement à l’avantage de personne, encore moins du Québec.

Cela semble être beaucoup de peine à traverser pour défendre la langue française. Certes, la protection et la préservation du français sont incontestablement essentielles au bien-être et à l’avenir du Québec et du Canada. Après tout, la langue incarne la culture, ce qui signifie que si nous voulons protéger notre culture collective, nous devons protéger nos langues.

Mais la langue n’est pas tout ce qu’il y a dans la culture. La culture comprend les coutumes, les réalisations, les espoirs, les objectifs et peut-être surtout, les valeurs durables d’un peuple. Des valeurs exprimées, enchâssées et enchâssées dans les chartes canadienne et québécoise. Des valeurs qui ne peuvent être éliminées sans porter irrémédiablement atteinte à la culture elle-même.

Pourtant, en ignorant l’égalité et l’indivisibilité des droits de la personne, le projet de loi 96 fait exactement cela. Et ce faisant, il ronge la culture québécoise elle-même, rendant le statut de la langue française non pas amélioré, mais appauvri.