Le premier coup de pied de mon bébé me rappelle tous les bébés autochtones dépouillés de leurs familles

AVERTISSEMENT : Cette histoire contient des détails affligeants.

Cette pièce à la première personne est de Carol Rose GoldenEagle, une artiste crie et dénée qui vit à Regina Beach, en Saskatchewan. Pour plus d’informations sur les histoires à la première personne de CBC, veuillez voir la FAQ.

Je me souviens de la première fois où j’ai senti mon bébé donner des coups de pied.

Mon doux Jackson, que j’ai toujours appelé mon bébé ours, aura 27 ans cette année. J’ai prié pour sa sécurité et ma grossesse chaque jour alors qu’il grandissait en moi. Je l’aimais avant même qu’il naisse et fasse son entrée dans ce monde.

Certains diront peut-être que le monde est cruel, mais je n’y crois pas. Il y a un dicton qui dit que notre ambiance attire notre tribu. Dans ma vie, cette tribu a été remplie de lumière, d’amour et d’acceptation. Je ne sais pas comment cela s’est passé, mais j’envoie ma gratitude au Créateur pour cela, d’autant plus que mes propres débuts n’avaient pas prévu cette richesse de tout ce qui est bon.

C’est aussi pourquoi je commence ce jour, le 30 septembre, en me souvenant de tous ces beaux enfants autochtones qui ne sont jamais rentrés du pensionnat ou qui ont survécu à la rafle des années 60 ou à toute autre chose liée à la protection de l’enfance et à l’appréhension.

Je me souviens aussi de leurs mères et de la première fois qu’elles aussi ont ressenti ce premier coup de pied.

J’étais l’un de ces bébés Sixty Scoop. Ma mère, Maggie Morin de Sandy Bay, en Saskatchewan, était une infirmière autorisée et une personne compétente. Mais c’était une femme crie célibataire de la nation crie Peter Ballantyne, alors la province l’a jugée inapte à être mère et m’a séparée d’elle le jour même de ma naissance. D’après les histoires qu’on me raconte, elle ne s’est jamais remise de mon enlèvement.

Je suppose qu’elle aussi s’est souvenue de mon premier coup de pied.

Je ne l’ai jamais rencontrée parce qu’en tant qu’enfant de Sixties Scoop, j’ai été jeté dans le système de protection de l’enfance.

La province n’a pas ouvert les dossiers d’adoption pour les enfants de Sixties Scoop jusqu’à ce que j’aie eu la trentaine. C’est alors que j’ai demandé mon dossier et appris que Maggie était morte dans un accident de voiture alors que j’aurais été adolescente.

Mais je sens toujours sa présence. Ce premier coup de pied avait de la magie. Nous sommes connectés et le serons toujours. Je ne peux même pas commencer à décrire la douleur de ne jamais la connaître.

Je pourrais facilement faire partie de ces personnes qui vilipendent le système d’appréhension des enfants et la sombre histoire du Canada en ce qui concerne les peuples autochtones. Mais je crois que cela ne sert à rien de faire cela; vous ne pouvez pas changer le passé.

J’ai senti le premier coup de pied de mon Jackson et j’ai élevé un beau petit garçon, avec son frère et sa sœur jumeaux, Daniel et Nahanni, qui sont tous les deux arrivés deux ans plus tard.

Carol Rose Goldeneagle est photographiée ici avec ses enfants, Nahanni, Daniel et Jackson. (Soumis par Carol Rose GoldenEagle)

Oui, il y a eu des politiques qui m’ont éloigné de mes racines, de ma famille et de ma culture, de ma langue et de mon héritage. Je rends grâce que certaines de ces politiques aient changé et que des efforts soient faits en vue de la réconciliation. En tant que mère autochtone célibataire, mes enfants auraient pu être appréhendés, tout comme moi.

Tant de dégâts ont été causés. Mais en entrant dans mes années dorées, sachant qu’un jour je serai un kohkum, il y a une opportunité de réparer les torts du passé. C’est pourquoi je suis reconnaissante de m’impliquer dans l’organisation d’événements qui rassemblent les communautés.

Enfant, je n’ai jamais pu assister à une danse en rond.

Mais cette année, je célèbre mes racines cries et dénées, et les gens de la communauté où je vis adopteront cette année la tradition de la danse ronde comme nous l’avons fait par le passé.

Qu’est-ce que la réconciliation ? C’est un point de départ où nous ne parlons pas seulement de la sombre histoire du Canada. La réconciliation, c’est agir aujourd’hui, et pas seulement lire sur l’histoire, mais faire quelque chose pour changer la relation avec les peuples autochtones, pour le mieux. Il ne s’agit pas de rester les bras croisés et de dire : « Cela ne m’affecte pas.

La réconciliation passe par l’inclusion active. C’est tout le monde qui travaille à la construction et au renforcement de la communauté.

Nous nous tiendrons la main, nous reconnaissons et nous disons ensemble en tant que communauté que nous reconstruisons.

Nous ne regardons pas, nous participons. Main dans la main et danse ronde ensemble.

Ce premier coup de pied.

Ça se passe.


Un soutien est offert à toute personne touchée par son expérience dans les pensionnats ou par les derniers rapports.

Une ligne de crise nationale pour les pensionnats indiens a été mise en place pour fournir un soutien aux survivants et aux personnes touchées. Les gens peuvent accéder aux services d’aiguillage émotionnel et de crise en appelant la ligne d’écoute nationale de crise 24 heures sur 24 : 1-866-925-4419.

Des conseils en santé mentale et un soutien en cas de crise sont également disponibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 via la ligne d’assistance Hope for Wellness au 1-855-242-3310 ou par chat en ligne à www.hopeforwellness.ca.

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