Le maire de Paris fait face à des réticences concernant la zone sans voiture de la Tour Eiffel

Retirer les voitures d’un espace autour de la tour Eiffel pour créer une voie verte semble plutôt bien sur le papier, mais la maire de Paris peine à convaincre les habitants et surtout les forces de l’ordre pour réaménager l’une des vues les plus célèbres de la ville.

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Des milliers de touristes se bousculent chaque jour pour photographier la Tour Eiffel depuis l’autre côté de la Seine, sur la colline du Trocadéro, avec ses magnifiques jardins et son palais moderniste abritant des musées.

Marcher jusqu’au Trocadéro est cependant moins romantique, nécessitant la traversée de deux carrefours majeurs et du pont Pont d’Iena, souvent encombré par la circulation.

La maire Anne Hidalgo a déclaré cette semaine à la surprise générale qu’elle souhaitait poursuivre le projet de chasser les voitures et de créer un jardin continu entre la Tour Eiffel et l’esplanade du Trocadéro.


Mais alors qu’elle espère profiter des Jeux olympiques d’été de 2024 pour lancer le projet dès la fin des Jeux, ses détracteurs – et surtout le préfet de police de Paris – s’opposent à ce projet.

Cette proposition s’inscrit dans le cadre d’autres efforts de la maire socialiste visant à exclure les voitures de Paris et à rendre la ville plus verte, une initiative qui a divisé les habitants et les opposants politiques qui estiment que sa politique va trop loin.

Un trio de touristes japonais prenant des photos à côté du pont très fréquenté du Pont d’Iena a convenu que ce plan ferait une différence.

La vue était « décevante », a déclaré Mahiro à l’AFP, affirmant que la vue serait « plus belle avec moins de voitures ».

« Adapté aux piétons »

Hidalgo a lancé le projet en 2019, mais s’est rapidement heurté au chef de la police de la ville de l’époque, Didier Lallement, et aux maires de droite de trois arrondissements de la ville en raison d’inquiétudes concernant les perturbations de la circulation.

Mais Hidalgo, qui a annoncé un plan similaire en janvier visant à interdire les voitures sur la moitié de la place centrale de la Concorde, site de l’emblématique obélisque de Louxor, espère que la ferveur des Jeux olympiques recueillera le soutien à ce projet ambitieux.

« Après les Jeux Olympiques, il n’y aura plus de voitures qui passeront devant la Tour Eiffel », a déclaré Hidalgo dans un entretien au journal Ouest-France publié mardi.

Un Trocadéro « vert », un pont d’Iéna « piétonnier » et un Champ-de-Mars « reboisé », la vaste pelouse à l’ombre de la Tour, « formeront ensemble un grand parc au cœur de Paris », dit-elle.

Ses partisans ont salué les efforts déployés par Hidalgo, ancien candidat à la présidentielle, pour réduire la pollution et augmenter les espaces verts dans la ville densément peuplée, ce qui peut devenir insupportable lorsque les vagues de chaleur estivales sont de plus en plus fréquentes.

Au cours de son premier mandat, Hidalgo a remporté sa plus grande victoire en matière d’urbanisation avec la piétonnisation du quai de la rive droite de la Seine, après deux ans de bataille.

Mais le projet du Trocadéro a été rejeté par un tribunal administratif en 2022 et 2023, et la mairie a reconnu que le projet initial n’était pas destiné à être mis en œuvre.

Hidalgo a soumis un plan « modifié » aux autorités policières, espérant que les préparatifs avant les Jeux olympiques offriraient une nouvelle fenêtre d’opportunité.

‘Beaucoup de questions’

La nouvelle ministre française de la Culture de droite, Rachida Dati, une ennemie jurée d’Hidalgo qui dit qu’elle se présentera à la mairie de Paris en 2026, a qualifié le nouveau plan de « coup d’État ».

Et le préfet de police de Paris, Laurent Nunez, a maintenu l’opposition de son administration, estimant que « de nombreuses questions demeurent… sur plusieurs points ».

En mai 2022, son prédécesseur Lallement avait déclaré craindre « des retards de circulation importants » et des « hold-ups » qui ralentiraient les délais d’intervention des secours.

Everton, un photographe brésilien vivant en France depuis 15 ans, s’est dit inquiet de l’impact du projet Hidalgo sur les navetteurs parisiens.

« Cela va bloquer le pont et il y a des gens qui doivent conduire à Paris », a-t-il déclaré à l’AFP. « Je pense que nous devons faire quelque chose, mais il est important de ne pas en faire trop. »

Les autorités policières se sont déclarées disposées à examiner la nouvelle proposition promise par le bureau du maire.

La Tour Eiffel est l’un des monuments les plus populaires au monde, avec 6,3 millions de touristes l’ayant visité l’année dernière.

Environ 15 millions de visiteurs sont attendus pour les Jeux olympiques en juillet et août, ainsi que pour les Jeux paralympiques en août et début septembre.

(AFP)