Le débat parlementaire sur le climat s’enlise dans le passé

Les preuves du coût des changements climatiques sont dispersées dans tout le Canada atlantique : arbres abattus, rivages érodés et fragments de ce qui était autrefois des maisons et des quais.

UN rapport publié mercredi par l’Institut canadien du climat mettre le toute l’étendue du problème en chiffres froids et durs — baisse du PIB, pertes d’emplois, baisse des revenus et hausse des coûts pour les ménages.

Mais ce nouveau rapport n’a pas fait l’objet d’une seule question à la période des questions mercredi après-midi. Alors que les préoccupations concernant le coût de la vie ont dominé le débat de la QP depuis la reprise de la Chambre des communes ce mois-ci, les coûts massifs associés au changement climatique sont laissés pour un autre jour.

Le débat du Parlement sur la politique climatique semble figé dans le passé. Et cela épargne au gouvernement libéral le fardeau de répondre à de grandes questions sur la préparation du Canada à ce qui s’en vient.

Si le rapport de mercredi avait été publié par une grande banque, ou si l’opposition officielle avait une jambe crédible sur laquelle se tenir en matière de politique climatique, les conclusions du rapport auraient pu atterrir sur le parquet de la Chambre avec un fracas audible.

En toute justice, préoccupations concernant les efforts d’adaptation du gouvernement fédéral a pris en compte le débat d’urgence de lundi soir sur l’ouragan Fiona. Mais les nouvelles préoccupations concernant le PIB, l’emploi et les coûts des ménages sont généralement traitées avec plus d’urgence.

Les conservateurs restent beaucoup plus préoccupés par le coût des mesures d’atténuation des changements climatiques. Mardi, ils ont présenté une motion demandant au gouvernement fédéral de geler la taxe fédérale sur le carbone à son prix actuel de 50 $ la tonne d’émissions. Pierre Poilievre s’est déjà engagé à éliminer entièrement le prix du carbone s’il forme un gouvernement.

Changement climatique et coût de la vie vont de pair

Etant donné le taux d’inflation actuel, on comprend aisément pourquoi certains hommes politiques essaient de concentrer leurs critiques sur tout ce qui impose un surcoût aux consommateurs (même si, dans ce cas, le produit de la taxe est remboursé et la plupart des ménages reçoivent plus qu’ils paient directement).

Mais étant donné l’état actuel de des endroits comme Port aux Basquesla logique de freiner l’action climatique n’est pas évidente.

Les conservateurs tentent de contourner ce problème de logique en prétendant — sans preuves substantielles — que le prix du carbone ne mène pas à une baisse des émissions. Ils insistent également sur le fait qu’il existe des moyens plus simples de réduire les émissions. Mardi, Poilievre a déclaré que les conservateurs investiraient dans la “technologie”, comme les petits réacteurs nucléaires et la capture du carbone.

En plus d’exiger la fin de la taxe sur le carbone, les conservateurs de Pierre Poilievre semblent laisser les libéraux s’en tirer sur les questions de politique climatique. (Adrian Wyld/La Presse canadienne)

Mais les conservateurs n’ont pas actuellement de plan réel qui décrit exactement ce qu’ils feraient, en quoi cela différerait de ce que fait déjà le gouvernement fédéral et comment cela se traduirait par des réductions d’émissions importantes.

Le prédécesseur de Poilievre, Erin O’Toole, au moins est venu avec un plan pour atteindre une réduction de 30 % des émissions d’ici 2030. Cela a fait d’O’Toole le premier chef conservateur à fournir un plan climatique avec ce niveau de détail. Sa récompense devait être abandonnée sans ménagement par son caucus au printemps dernier.

En conséquence, l’opposition officielle est de retour à la case départ – avec une liste de politiques auxquelles elle s’oppose et aucune vraie réponse aux questions sur ce qu’elle ferait différemment.

Les libéraux ne peuvent pas se permettre d’être trop désinvoltes face aux plaintes des conservateurs – les gouvernements et les militants du climat doivent avoir des réponses pour les coûts et les perturbations qui peuvent résulter des mesures de réduction des émissions.

Mais le rapport de mardi du Climate Institute rappelle qu’il n’y a pas vraiment de choix entre faire face au coût de la vie et faire face au défi du changement climatique. Au final, c’est le même problème.

L’urgence de s’adapter

Le résultat du rapport est que, bien que certains coûts liés au climat soient désormais inévitables, les coûts globaux peuvent être considérablement réduits en réduisant les émissions mondiales et en s’adaptant pour faire face aux conséquences du changement climatique. Et bien que l’importance de l’atténuation du réchauffement climatique soit désormais largement comprise, les auteurs du rapport soulignent que chaque dollar investi dans l’adaptation pourrait permettre d’économiser jusqu’à 13 à 15 dollars en coûts futurs.

Le gouvernement libéral n’a pas complètement ignoré la question de l’adaptation — il a engagé 2 milliards de dollars pour un “fonds d’atténuation et d’adaptation aux catastrophes” et un nouveau stratégie nationale d’adaptation devrait sortir d’ici la fin de cette année. Mais le gouvernement fédéral — et les autres ordres de gouvernement — sont loin de pouvoir dire qu’ils prennent des mesures concrètes.

“Malgré les avantages évidents, le Canada est en retard en matière d’adaptation et les gouvernements doivent de toute urgence intensifier les politiques et les investissements d’adaptation pour correspondre à l’ampleur de notre risque climatique, en commençant par la prochaine Stratégie nationale d’adaptation”, indique l’Institut dans son rapport.

Le débat parlementaire sur le climat s'enlise dans le passé
Les travailleurs commencent à nettoyer les dégâts causés par l’ouragan Fiona à Burnt Island, à Terre-Neuve, le mercredi 28 septembre 2022. Terre-Neuve-et-Labrador met de côté 30 millions de dollars pour les résidents touchés par la tempête post-tropicale Fiona. (Frank Gunn/La Presse Canadienne)

Le rapport appelle les gouvernements et le secteur privé à accélérer leurs efforts pour tenir compte des risques financiers et d’investissement posés par le changement climatique (le gouvernement fédéral s’est jusqu’à présent engagé à rendre obligatoire la divulgation des risques climatiques pour les institutions financières d’ici 2024).

Les gouvernements devraient également intégrer les coûts climatiques dans leur propre planification et investir dans la recherche pour mieux comprendre ce qui s’en vient, dit l’Institut.

À ces propositions, vous pourriez ajouter des questions lancinantes à savoir si les Forces canadiennes sont capables d’assumer la charge accrue de répondre aux catastrophes naturelles dans ce pays.

Dans le sillage de Fiona et en prévision d’une nouvelle stratégie nationale, cela devrait être une matière riche pour l’opposition. Cette stratégie d’adaptation comprendra-t-elle de nouvelles mesures concrètes et un financement? Les collectivités canadiennes seront-elles mieux préparées aux ouragans à venir?

Au lieu de cela, la Chambre est aux prises avec le même débat sur la taxe sur le carbone qu’elle mène depuis près de 15 ans.

Alors que les Canadiens se concentrent sur les préoccupations immédiates de l’inflation et du coût de la vie, les conservateurs pensent probablement qu’ils ont les libéraux là où ils les veulent. Mais il est possible qu’ils les laissent vraiment tranquilles.