L’apiculture darwinienne peut-elle aider à protéger les abeilles mellifères dans un contexte de déclin de la population?

Alors que les abeilles sont à l’honneur cette semaine avec la Journée mondiale des abeilles célébrée le 20 mai, c’est une bonne occasion de voir comment nous pouvons mieux protéger ces précieux insectes des menaces des pesticides et des parasites et des ravages du changement climatique. Dans un livre récemment publié, le biologiste américain Thomas Seeley suggère de se tourner vers l’apiculture darwinienne, basée sur la capacité naturelle des abeilles à s’adapter à leur environnement. Loin donc de l’intervention humaine. Les abeilles sont menacées. En France, près de 30% des colonies d’abeilles disparaissent chaque année, tandis qu’aux États-Unis, les ruches mellifères sont passées de quelque 6 millions en 1947 à 2,4 millions en 2008, soit 60% de moins, comme le souligne Greenpeace. Ces dernières années, le grand public a pris de plus en plus conscience de la disparition de ces insectes, indispensables à la production alimentaire et à la survie de nos écosystèmes.

Alors que de nombreuses initiatives ont été lancées ces dernières années pour préserver les colonies d’abeilles productrices de miel, les espèces qui vivent à l’état sauvage ont également retenu l’attention, car elles sont également menacées et non moins précieuses pour l’environnement. Cependant, ces abeilles parviennent à mieux résister aux parasites et à mieux se reproduire. Et si nous nous inspirions davantage de leur mode de vie naturel pour préserver toutes les espèces?

Telle est la prémisse du chercheur américain Thomas Seeley, auteur du livre «La vie des abeilles, l’histoire inédite de l’abeille à miel dans la nature», publié par Presse universitaire de Princeton.

Cet ouvrage, qui recense une quinzaine de propositions pour aider les abeilles, s’inspire d’un concept connu depuis longtemps, mais rarement exploré: l’apiculture darwinienne. Yves Le Conte, directeur de recherche à l’INRAE, qui a rédigé la préface de l’édition française du livre de Tom Seeley (L’Abeille à miel, la vie secrète des colonies sauvages) publié en France par Biotope en mars 2021 nous en dit plus.

À quels dangers les abeilles mellifères sont-elles exposées? En quoi sont-elles différentes des abeilles sauvages?

Toutes les abeilles sont, par définition, sauvages. En France, il existe entre 900 et 1000 espèces d’abeilles. Parmi eux, certains sont sociables, d’autres assez solitaires. L’abeille dite «domestique» appartient à la première catégorie. Mais l’abeille domestique vit essentiellement à l’état sauvage. On peut encore trouver des colonies d’abeilles mellifères, le plus souvent dans les trous d’arbres ou les toits de cheminée d’une maison, car elles ont besoin d’un cavité pour se protéger, ils ont une forte capacité à produire beaucoup de miel, c’est pourquoi ils ont été domestiqués.

Les abeilles solitaires sont les plus menacées, car les femelles forment leur nid seules. S’ils meurent à la suite de la pulvérisation de pesticides, le nid ne survit pas. C’est différent pour les abeilles mellifères, car même si le butineur est tué, le reste de la colonie peut éventuellement survivre et prendre le relais.

Auparavant, on ne parlait pas de la disparition des abeilles solitaires. Mais les apiculteurs ont sonné l’alarme il y a quelques années sur le fait que leurs colonies disparaissaient à cause des pesticides. Prendre conscience de la disparition des abeilles domestiques nous a également fait prendre conscience que cela avait des conséquences sur les abeilles sauvages, qui ne sont malheureusement pas épargnées par le phénomène.

Qu’est-ce que l’apiculture darwinienne?

Il s’agit avant tout de faire comprendre aux gens et de se souvenir que les abeilles font partie de la nature et qu’elles sont aussi affectées par les lois de Darwin que les autres espèces. La majorité des colonies aux mains des apiculteurs ont été soumises à des pressions: avec le varroa [a parasite that destroys hives], les néonicotinoïdes et le changement climatique. De ce fait, il reste peu de colonies adaptées à leur environnement et capables de se défendre contre ces différentes menaces.

Malgré cela, dans de nombreuses régions du monde, il existe des colonies d’abeilles capables de résister à toutes ces menaces. A l’INRAE, nous suivons deux espèces depuis les années 1990 en France, mais nous pensons qu’il y en a plus. On les trouve également en Angleterre, en Suède et aux États-Unis.

Tom Seeley les étudie depuis 40 ans, en particulier ceux trouvés dans les troncs d’arbres. Son travail est principalement basé sur des observations de colonies d’abeilles. En particulier, il a cherché à comprendre comment les abeilles survivent, loin des mains des humains.

Comment l’espacement des ruches les unes des autres aide-t-il à protéger ces abeilles, comme le suggère Seeley dans son livre?

Lorsque les ruches sont placées les unes à côté des autres, certaines abeilles qui partent en fourrage entrent dans la mauvaise colonie: au lieu de rejoindre celle dont elles proviennent, elles atterrissent dans celle voisine. Cependant, s’ils arrivent avec du «fourrage», les éleveurs les laissent entrer dans la ruche. S’ils sont porteurs d’un virus, ils peuvent parasiter d’autres colonies.

À l’automne, lorsqu’il ne reste plus rien à fourrer, les abeilles ont tendance à se piller les unes les autres, c’est-à-dire à voler leurs réserves de miel, ce qui contribue également à parasiter les colonies. Dans son livre, le chercheur Tom Seeley explique que lorsque la distance entre les colonies sauvages est plus grande, les abeilles sont plus résistantes aux agents pathogènes, précisément parce qu’elles restent éloignées les unes des autres.

Le grattage de la surface intérieure des parois de la ruche peut également fonctionner selon Seeley… pourquoi cela?

C’est un lien entre la capacité des abeilles à récolter de la propolis et leur capacité à résister aux maladies. En particulier, on sait depuis longtemps que la propolis [a resinous substance harvested by bees] agit pour inhiber un certain nombre de micro-organismes dans la ruche. C’est aussi pourquoi il est utilisé sur l’homme: il aide à combattre les bactéries et les virus.

Au cours de ses observations, Tom Seeley a remarqué que des colonies sauvages déposent de la propolis sur toutes les parois de leurs nids, ce qui n’est pas forcément le cas des abeilles logées dans les ruches des apiculteurs. Le chercheur propose donc de gratter l’intérieur de la ruche, afin que les abeilles puissent déposer spontanément de la propolis, afin de les protéger contre les agents pathogènes. Tom Seeley a ainsi développé une théorie de ce qui était déjà suspecté, mais qui méritait une démonstration.

Quelles sont les meilleures actions à entreprendre en tant que citoyens? (Devrions-nous arrêter de manger du miel, faire pousser des fleurs mellifères dans votre jardin, parrainer une ruche?)

Je dirais que toutes les initiatives sont bonnes à prendre, car elles représentent un moyen important de sensibilisation du grand public à la protection des abeilles. La situation de ces insectes nous a ouvert les yeux sur ce qui se passe dans nos écosystèmes, en particulier pour les citadins qui vivent loin de la nature.

Auparavant, nous nous contentions de décrire une abeille comme un insecte qui produit du miel et «pique». Aujourd’hui, le grand public sait à quel point les abeilles sont essentielles à notre survie et à celle de nos écosystèmes. Mais surtout, les gens ont compris qu’elles sont en danger. et sont donc conscients de la nécessité absolue de les préserver.

Cette prise de conscience mondiale, notamment en ce qui concerne les pesticides, est non seulement essentielle pour les abeilles, mais contribuera également à préserver d’autres pollinisateurs tels que les papillons et autres insectes non nuisibles, dont la vie est également menacée par l’utilisation de pesticides.

Lisez toutes les dernières nouvelles, les dernières nouvelles et les nouvelles sur le coronavirus ici

Toutes les actualités du site n'expriment pas le point de vue du site, mais nous transmettons cette actualité automatiquement et la traduisons grâce à une technologie programmatique sur le site et non à partir d'un éditeur humain.

Comments