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La MDMA aurait un impact intéressant sur le traitement des émotions dans le cerveau

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Une étude récente publiée dans le Journal européen des neurosciences fournit de nouvelles informations sur la manière dont la 3,4-méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA), communément appelée ecstasy ou molly, affecte le traitement cérébral des stimuli émotionnels. Les chercheurs ont découvert que la MDMA modifiait considérablement la réponse du cerveau aux visages émotionnels, mettant ainsi en lumière l’impact unique de la drogue sur le traitement social et émotionnel.

La MDMA est connue pour son usage récréatif en raison de ses effets euphorisants et empathogènes. Il est également à l’étude comme traitement potentiel du trouble de stress post-traumatique (SSPT) lorsqu’il est associé à une psychothérapie. Malgré son utilisation répandue et son potentiel thérapeutique, les effets neuronaux et comportementaux spécifiques de la MDMA ne sont pas entièrement compris.

Les chercheurs ont conçu une étude en double aveugle pour étudier comment la MDMA et la méthamphétamine affectent la réponse du cerveau aux stimuli émotionnels. L’étude a porté sur 25 adultes en bonne santé, âgés de 18 à 35 ans, qui avaient déjà consommé de la MDMA.

Les participants ont assisté à trois séances distinctes, chacune espacée d’au moins quatre jours, au cours desquelles ils ont reçu soit de la MDMA (100 mg), de la méthamphétamine (20 mg) ou un placebo dans un ordre aléatoire. Cette approche garantissait que ni les participants ni les chercheurs ne savaient quelle substance était administrée à chaque séance, minimisant ainsi les biais.

Avant chaque séance, les participantes ont été examinées pour déceler leur consommation récente de drogues ou d’alcool, et les femmes ont été testées pour leur grossesse. Au cours de chaque séance, les participants prenaient la substance assignée et, après avoir laissé le temps au médicament d’agir, ils étaient équipés d’électrodes d’électroencéphalographie (EEG) pour mesurer l’activité cérébrale.

Les participants se sont ensuite engagés dans une tâche émotionnelle étrange, qui consistait à identifier des visages humains montrant différentes émotions (heureux, en colère, neutre) entrecoupées de visages fréquents de dessins animés. L’EEG a enregistré les réponses cérébrales des participants à ces stimuli, en se concentrant sur des potentiels liés à des événements spécifiques (ERP), qui sont des réponses cérébrales à des événements sensoriels, cognitifs ou moteurs spécifiques.

Les chercheurs ont découvert que la MDMA et la méthamphétamine augmentaient les sentiments subjectifs des participants quant aux effets de la drogue. Les participants ont rapporté des niveaux plus élevés de sensation du médicament, d’appréciation de ses effets et d’en vouloir davantage lorsqu’ils prenaient de la MDMA ou de la méthamphétamine par rapport au placebo. Notamment, la MDMA a également accru les sentiments de convivialité, ce qui correspond à sa réputation d’amélioration des expériences sociales et émotionnelles.

En termes d’activité cérébrale, la MDMA a eu un effet unique sur le composant N170 ERP, associé au traitement précoce des traits du visage. L’amplitude N170 a augmenté de manière significative en réponse aux visages heureux et en colère lorsque les participants prenaient de la MDMA, mais pas en réponse aux visages neutres. Cela suggère que la MDMA améliore spécifiquement la réponse du cerveau aux stimuli émotionnels importants. En revanche, la méthamphétamine n’a pas affecté l’amplitude N170, ce qui indique que la MDMA a un impact distinct sur le traitement émotionnel du visage qui n’est pas partagé par d’autres stimulants.

Les chercheurs ont également examiné les composants P300 et Mismatch Negativity (MMN), qui sont respectivement liés à l’allocation de l’attention et aux réponses à de nouveaux stimuli. Ni la MDMA ni la méthamphétamine n’ont affecté de manière significative ces composants de l’ERP. Cette découverte indique que l’influence de la MDMA est plus spécifique au traitement visuel précoce des stimuli émotionnels plutôt qu’aux réponses cognitives ou de nouveauté plus larges.

« Les résultats actuels ont des implications pour la thérapie assistée par la MDMA », ont expliqué les chercheurs. « La réponse neuronale accrue à la composante sensorielle des visages qui regardent pourrait contribuer à l’alliance thérapeutique entre les patients et leurs thérapeutes. En augmentant l’attention portée aux signaux émotionnels du visage, le médicament peut accroître les liens interpersonnels dans l’environnement thérapeutique.

« La MDMA peut également faciliter l’identification et le traitement des émotions, permettant ainsi aux patients d’établir un climat de confiance et de s’engager plus profondément dans leurs expériences émotionnelles. D’autres études de ce type sont nécessaires pour comprendre les mécanismes cérébraux qui sous-tendent les effets comportementaux de la MDMA et d’autres drogues prosociales.

L’étude met en évidence la capacité unique de la MDMA à améliorer le traitement précoce des stimuli émotionnels par le cerveau, la distinguant ainsi d’autres stimulants comme la méthamphétamine. Mais il y a quelques mises en garde. L’échantillon était homogène, composé de jeunes adultes en bonne santé ayant déjà consommé de la MDMA, ce qui ne peut pas être généralisé à d’autres populations.

Les recherches futures devraient inclure des populations plus diversifiées, des doses variées et des périodes de sevrage prolongées. De plus, l’utilisation de tâches sociales et émotionnelles plus complexes pourrait permettre de mieux comprendre les effets de la MDMA sur le comportement social et la cognition. Enquêter sur les utilisateurs de MDMA à long terme et comparer leurs réponses neuronales à celles des non-utilisateurs pourrait également fournir des informations précieuses.

L’étude, « La 3,4-méthylènedioxyméthamphétamine améliore le traitement visuel précoce des stimuli socio-émotionnels saillants», a été rédigé par Connor J. Haggarty, Anya K. Bershad, Mahesh K. Kumar, Royce Lee et Harriet de Wit.


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