Actualité culturelle | News 24

La fessée viole le droit des enfants à la protection contre la violence. Pourquoi le Canada l’autorise-t-il encore?

En tant que pays, nous aimons nous imaginer comme un phare pour le reste du monde, comme un bastion des droits de l’homme, comme une société qui prend soin de ses plus vulnérables. Nous nous penchons sur ce récit de nous-mêmes en tant que Canadiens, mais est-ce toujours le cas? Certainement pas, lorsqu’il s’agit de protéger nos enfants contre la violence évitable.

Malgré nos idées reçues, le Canada est loin d’être le meilleur en matière de droits des enfants. Un bulletin de l’UNICEF de 2020 mesurant le bien-être des enfants et des jeunes dans les pays riches a classé le Canada au 30e rang sur 38 pays.

Et à l’insu de beaucoup, nous avons une exemption dans notre Code criminel, l’article 43, qui permet aux parents de frapper leurs enfants. Relisez cela — Le Canada, supposé bastion des droits de la personne, autorise la violence parentale contre les enfants.

Certes, cette violence est contrainte ; l’usage de la force par un parent, un enseignant ou une autre personne agissant dans un rôle comparable est autorisé « si la force ne dépasse pas ce qui est raisonnable dans les circonstances », mais cette exemption permet néanmoins la poursuite de la violence contre nos jeunes les plus vulnérables. En tant que défenseurs des droits de l’enfant, nous pensons qu’il n’existe pas d’usage « raisonnable » de la force contre les enfants.

En 1991, le Canada est devenu partie à la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies, le traité sur les droits de la personne le plus largement ratifié de l’histoire. Il contient de multiples engagements que le Canada, en tant que responsable, est tenu de respecter au nom des enfants, y compris la protection contre la violence.

Au cours des 30 dernières années, le Canada a beaucoup fait au nom des enfants. Des mesures légales ont été créées et renforcées, mais l’article 43 du Code pénal demeure. Notre incapacité à protéger les enfants contre la violence a été citée par l’ONU et soulignée à maintes reprises par les défenseurs des droits et de la protection des enfants partout au Canada. Et pourtant, l’exonération persiste.

Il n’a jamais été démontré que les châtiments corporels avaient des effets bénéfiques. Cependant, il a été démontré qu’il a un impact négatif sur la santé mentale, le comportement, les relations et le développement du cerveau des enfants. Avec 66 pays à travers le monde ayant déjà interdit les châtiments corporels sur les enfants, nous avons pris du retard alors que d’autres pays agissent pour protéger les enfants et leurs droits.

L’abrogation de l’article 43 n’est pas une question d’idéologie ou de jugement des techniques disciplinaires des parents. Il s’agit de veiller à ce que nos lois soient fondées sur des données probantes, affirment les droits et soient conformes à nos obligations internationales envers les enfants. Il s’agit de protéger les enfants contre la violence évitable.

L’interdiction des châtiments corporels à l’encontre des enfants est également essentielle pour protéger et promouvoir les droits humains d’autres groupes protégés. Le sixième appel à l’action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada est l’abrogation de l’article 43 en raison de l’impact disproportionné de l’autorisation de la violence contre les enfants sur les enfants et les jeunes autochtones. En tant que défenseurs des droits de la personne LGBTQ2+, nous connaissons des jeunes dont les parents ont littéralement cherché à « battre les homosexuels » ou qui ont choisi de punir les comportements non conformes au genre de leurs enfants par des châtiments corporels. C’est une question de droits des enfants, mais c’est aussi une question de droits LGBTQ2+ et autochtones.

En tant que citoyens, nous avons la responsabilité de protéger nos plus vulnérables. Chaque génération grandit inévitablement en traitant nos propres expériences d’enfance uniques, nos propres traumatismes d’enfance. Imaginez si la prochaine génération d’enfants au Canada grandissait sans violence autorisée par l’État de la part des parents, des enseignants et des autres soignants ? Imaginez si la prochaine génération d’enfants grandissait en sachant que leur pays se souciait suffisamment d’eux pour les protéger tous de ce genre de violence ?

Si nous voulons être un bastion des droits de l’homme et un exemple pour le monde, nous devons commencer par protéger les plus vulnérables. Nous devons abroger l’article 43 et protéger les enfants de toutes les formes de violence.