La CPI déclare que l’enquête sur les crimes de guerre afghans se poursuivra

Les combattants des forces spéciales talibans Badri arrivent à l’aéroport de Kaboul le 31 août 2021, après que les États-Unis ont retiré toutes leurs troupes du pays.

WAKIL KOHSAR/AFP via Getty Images

  • La CPI a lancé en 2006 une première enquête sur les crimes présumés en Afghanistan.
  • En 2020, le procureur en chef de la CPI a déclaré qu’il y avait des soupçons “raisonnables” de crimes de guerre par les talibans ainsi que par les forces américaines dans le pays.
  • L’année dernière, l’actuel procureur en chef a déclaré qu’il omettait les États-Unis de l’enquête.

La Cour pénale internationale a donné lundi à son procureur en chef le feu vert pour poursuivre une enquête sur les atrocités commises en Afghanistan, affirmant que Kaboul “n’avait montré aucun intérêt” pour une enquête nationale.

Début 2020, le gouvernement afghan aujourd’hui déchu a demandé à la CPI basée à La Haye de suspendre son enquête pour donner à Kaboul une chance de mener ses propres enquêtes.

Mais les talibans sont revenus au pouvoir en août de l’année dernière alors que l’État afghan, soutenu par les États-Unis et leurs alliés pendant deux décennies, s’effondrait au milieu de scènes chaotiques.

“Les juges ont estimé que l’Afghanistan ne menait pas actuellement de véritables enquêtes d’une manière qui justifierait un report des enquêtes de la Cour”, a déclaré la CPI dans un communiqué.

“Les autorités afghanes ne montrent aucun intérêt à donner suite à la demande de report qu’elles ont soumise le 26 mars 2020”, a déclaré le seul tribunal permanent et indépendant pour les crimes de guerre au monde.

En septembre de l’année dernière, les procureurs ont demandé aux juges du tribunal l’autorisation de reprendre leur enquête. La demande a été transmise “aux autorités représentant actuellement l’Afghanistan” pour observations.

“Lorsqu’aucune observation n’a été reçue”, les procureurs ont transféré les documents antérieurs envoyés par l’ancien gouvernement de Kaboul aux juges, a indiqué la CPI.

Les juges ont toutefois décidé lundi que “les éléments transmis par l’Afghanistan ne montrent pas que l’Afghanistan a enquêté, ou enquêté, d’une quelconque manière… qui justifierait même un report partiel des enquêtes de la Cour”.

Elle a donc “autorisé le parquet à reprendre l’enquête”.

La CPI a lancé en 2006 une première enquête sur les crimes présumés en Afghanistan.

En 2020, il a autorisé une enquête approfondie avec l’ancienne procureure en chef de la CPI, Fatou Bensouda, affirmant qu’il y avait des soupçons “raisonnables” de crimes de guerre par les talibans, ainsi que par les forces américaines dans le pays, et la CIA dans des centres de détention secrets à l’étranger.

Cependant, l’actuel procureur en chef Karim Khan a déclaré l’année dernière qu’il omettait les États-Unis de l’enquête car les “pires crimes” ont été commis par les talibans et le groupe État islamique.

Des groupes de défense des droits ont critiqué la décision de Khan de « déprioriser » l’enquête sur les forces américaines et de se concentrer plutôt sur les nouveaux dirigeants afghans et l’équipe rivale IS-Khorasan.

L’enquête afghane de la CPI sur les crimes américains a longtemps enragé Washington et incité l’administration du président Donald Trump à imposer des sanctions au prédécesseur de Khan, Bensouda.