Fureur face au projet de Macron de retirer les vitraux intacts de Notre-Dame

Les défenseurs de l’environnement s’élèvent contre le projet de retirer les vitraux intacts lors de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris il y a près de cinq ans et de les remplacer par de nouveaux modèles.

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Ils estiment que la proposition d’Emmanuel Macron de retirer les fenêtres d’Eugène Viollet-le-Duc de six des sept chapelles du bas-côté sud et d’insérer de nouvelles pièces serait absurde.

La suggestion de Macron selon laquelle les vitraux de Viollet-le-Ducvollet du milieu du XIXe siècle pourraient être placés dans le nouveau musée de l’Œuvre Notre-Dame, près de la cathédrale, a été dénoncée comme un scandale.

Une pétition en ligne a récolté près de 130 000 signatures depuis la visite de Macron à Notre-Dame le 8 décembre, lorsqu’il a annoncé le projet d’un concours pour choisir de nouveaux modèles de vitraux.

Didier Zykner, rédacteur en chef de La Tribune de l’Art Le magazine à l’origine de la pétition écrit : « Les vitraux de Viollet-le-Duc ont été réalisés dans un ensemble cohérent. C’est une véritable création que l’architecte a voulu fidèle aux origines gothiques de la cathédrale.

« Le président de la République a décidé tout seul, sans aucun égard pour la loi sur le patrimoine ni pour la cathédrale Notre-Dame de Paris. »

Viollet-le-Duc est l’un des géants renommés de l’art et de la littérature française. Ses projets de restauration comprenaient la basilique Saint-Denis juste à l’extérieur de Paris et le Mont Saint Michel en Normandie.

Ses théories sur la décoration et sur le lien entre forme et fonction en architecture ont influencé de nombreux designers, d’Anton Gaudi à Hector Guimard en passant par Frank Lloyd Wright, Mies van der Rohe et Le Corbusier.

Chance

« Les vitraux contemporains ont leur place dans l’architecture ancienne lorsque ceux d’origine ont disparu », ajoute Zykner. « Ils n’ont pas vocation à remplacer des œuvres déjà existantes.

« Après tout, ces vitraux, qui sont – délibérément – ​​des compositions purement décoratives avec des décors géométriques, n’ont d’intérêt qu’in situ, en tant que partie intégrante de l’architecture.

« Elles n’auraient aucune signification en dehors de l’architecture, et occuperaient un espace très important dans les salons de l’Hôtel Dieu, empêchant d’autres œuvres d’y être exposées, sans aucun bénéfice pour le public.

« Si ces fenêtres devaient être remplacées, elles finiraient certainement dans des caisses de stockage, car les exposer au musée doublerait en réalité le scandale de leur retrait. »

Peu après l’incendie du 15 avril 2019, Macron a promis que la cathédrale, vieille de 860 ans, serait reconstruite.

Des millions de dollars ont été promis en dons alors que les travaux de restauration commençaient. La réouverture de la cathédrale est prévue le 8 décembre 2024.

Sens

Zykner ajoute : « Quel sens cela a-t-il de restaurer la cathédrale dans son dernier état historique connu pour ensuite priver l’édifice d’un élément essentiel souhaité par Viollet-le-Duc ?

« Comment peut-on justifier de restaurer des vitraux qui ont survécu au désastre puis de les retirer immédiatement ? Qui a donné mandat au chef de l’Etat pour modifier une cathédrale qui n’appartient pas à lui, mais à tout le monde ? »

La pétition demande l’abandon du projet Macron. Et la campagne a obtenu le soutien de l’influente Académie des Beaux-Arts – l’une des institutions culturelles les plus augustes de France.

« Les académiciens estiment que le travail des artistes d’aujourd’hui ne doit pas se faire au détriment de la suppression des décorations existantes », indique le communiqué.

« Le Académie des Beaux-Arts espère que d’autres emplacements, à commencer par la tour Nord, seront pris en compte pour cette commande de vitraux contemporains.

« Le projet embellira ainsi davantage ce patrimoine et marquera symboliquement le nouveau souffle de la cathédrale. »