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François Legault a franchi une ligne symbolique avec sa dernière rhétorique populiste à la Trump

La langue devient un peu effrayante, François.

Tout d’abord, quelques faits : la culture française au Canada ne risque pas de subir le même sort que la Louisiane et de disparaître, comme l’a dit le premier ministre du Québec à ses partisans lors d’un congrès du parti le week-end dernier. Les conditions historiques qui ont conduit à l’assimilation de la Louisiane à la culture générale américaine sont complètement différentes et ne s’appliquent tout simplement pas au Québec.

D’un point de vue démographique, il est absurde d’affirmer qu’environ 23 % des 38 millions d’habitants du Canada — la population du Québec — seront engloutis et transformés en partisans anglophones des Leafs d’ici une génération ou deux ou… jamais.

Il y a toutes sortes de raisons à cela, mais ce n’est pas le genre de choses que la foule à moitié vide est trop intéressée à comprendre.

Alors restons dans les grandes lignes : en 2017, plus de 10 millions de Canadiens, soit plus du quart d’entre nous, peuvent avoir une conversation en français, selon Statistique Canada. Le nombre augmente chaque année. Bonne nouvelle.

Ainsi, en disant que le Québec disparaîtrait s’il n’obtenait pas le contrôle total de ses pouvoirs en matière d’immigration, François Legault est officiellement passé du côté obscur du populisme politique et de la dangereuse rhétorique à la Trump.

Ce genre de discours alarmiste donnera certainement des halètements aux nationalistes de chambre d’écho comme Jean-François Lisée et Mathieu Bock-Côté. Mais l’inconvénient est qu’il va aussi enhardir et habiliter tous les ignorants de l’arrière-pays et les théoriciens paranoïaques du remplacement des «régions» à penser qu’il y a un ennemi aux portes.

Et qui est-ce d’ailleurs ? Toute personne qui pourrait avoir l’air un peu différente, porter des choses sur la tête, avoir la peau plus foncée ou parler une langue autre que le français.

Comment on est venu ici? Je comprends l’attrait et l’efficacité de la politique populiste. Je comprends qu’il faut créer un ennemi commun pour manipuler et mobiliser une base électorale. Mais bon, je suppose que jusqu’à présent, je pensais vraiment que nous étions meilleurs que cela.

Je comprends également la nécessité de rester vigilant pour protéger la position du français comme langue officielle partout au Canada et comme élément central de notre culture collective — idéalement par la promotion et l’encouragement. Le miel fonctionne toujours mieux que le vinaigre. Mais c’est un problème qu’il vaut mieux aborder sans démagogie.

Les étudiants en histoire sauront que ces sortes de vilaines tendances nationalistes, une fois qu’elles sont nourries par des dirigeants puissants dans une société, peuvent se détériorer rapidement. C’est pourquoi des politiciens beaucoup plus honorables que Legault — qui, au Canada, comprend actuellement à peu près tout le monde sauf Pierre Poilievre et Maxime Bernier — évitent ce genre de fausse rhétorique incendiaire.

Lorsqu’il s’agit de mouvements nationalistes, les gens sont toujours réticents au début à croire que cela pourrait conduire à la violence, ou à la restriction des droits fondamentaux, ou au ciblage de certains groupes, en disant des choses comme : “Oh non, ça ne pourrait jamais arriver ici » ou « Il n’est pas si mauvais que ça.

Mais ensuite, les crétins et les apologistes stupides sortent du bois, la vérité se déforme, et la colère et l’intolérance sont repoussées sur la route pour qu’une autre génération les reprenne.

Le Québec est ma maison. Je l’aime profondément, je chéris sa beauté, sa culture, son histoire et sa complexité. Et je ne me souviens pas avoir été aussi dégoûté, de mon vivant, après avoir vu la tentative grasse et cynique de Legault d’approfondir son avance dans les sondages en jouant une carte nationaliste ethnique.

Alors soyons clairs : François Legault ne parle pas pour tous les Québécois, même s’il le répète à l’envi. Son idée de qui nous sommes n’est pas celle de la majorité. Nous ne sommes pas un blob homogène qui doit sauter au pas chaque fois qu’il parle de la « nation » québécoise.

Il a été élu par 37% des électeurs éligibles et il joue un jeu cynique pour organiser un autre affrontement avec Ottawa et pomper la paranoïa à travers une base facilement manipulable.

Pardonnez mon français, François, mais vous êtes officiellement devenu un homme dangereux.