Examen «  en aval de Kinshasa  »: la persistance sisyphéenne

La proue d’une barge traverse les vagues, transportant une cargaison de personnes sur le fleuve Congo. Entourés de peu d’espace pour bouger, les passagers plaisantent, dansent, cuisinent, mangent, dorment et s’accrochent désespérément à des draps de bâche lorsque la pluie tombe.

La caméra reste avec un petit groupe d’hommes et de femmes handicapés au sein de cette masse bousculée. Ce sont les survivants d’un conflit sanglant de six jours entre l’Ouganda et le Rwanda à Kisangani, une ville de la République démocratique du Congo, en 2000. Ils sont en route pour Kinshasa, la capitale congolaise, pour exiger leur gouvernement attendu depuis longtemps. l’indemnisation, qui, selon les survivants, s’élève à 1 milliard de dollars.

Documentaire sur la persistance de Sisyphe face à l’indifférence institutionnelle, «Downstream to Kinshasa» est fascinant dans ces scènes de bateaux. Le réalisateur Dieudo Hamadi entre dans la mêlée avec ses sujets, son regard ni voyeuriste ni ethnographique. Alors qu’il se faufile à travers le bateau avec son téléphone portable, son objectif est fouetté par le vent et les gouttes de pluie; plus tard, lorsque les survivants manifestent au parlement congolais, la police a chassé à plusieurs reprises la caméra du réalisateur.

Hamadi entrecoupe ces scènes électriques de protestation avec des moments plus calmes où les survivants tripotent leurs prothèses bon marché et inconfortables, discutent de stratégie et mettent en scène des pièces de théâtre sur leurs expériences. Le film affiche parfois une énergie qui passe entre ces différents volets, mais son rythme est fidèle à la façon dont la lutte pour la justice peut être stoppée lorsque la démocratie devient impénétrable pour ceux qu’elle sert. En regardant les sujets de «Downstream to Kinshasa» – dont le film honore la ténacité mais ne romance jamais – il est difficile de ne pas se demander: à quoi sert le droit de protester s’il tombe dans l’oreille d’un sourd?

En aval vers Kinshasa
Non classé. Durée: 1 heure 30 minutes. En lingala et swahili, avec sous-titres. Sur les cinémas virtuels.

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