Critique de « The Last Duel »: une épopée médiévale à l’ère de #MeToo

Il n’est pas surprenant que Ridley Scott, qui a fait sa part d’épopées viriles fanfaronnes, ait réalisé ce qui pourrait être la première saga de vengeance féministe médiévale du grand écran. En plus de son amour pour les hommes avec de puissantes épées, Scott a une affinité pour les femmes dures, les femmes piquantes et difficiles et réfléchies, pas les dessins animés coriaces. Ils sont invariablement charmants, bien sûr, mais tout dans le monde onirique de Ridley Scott a un chatoiement exalté.

Même la boue et le sang brillent dans « The Last Duel », un spectacle à l’ancienne avec une touche #MeToo. Basé sur l’histoire vraie fascinante d’une dame, d’un chevalier et d’un écuyer dans la France du 14ème siècle, l’histoire était une grande nouvelle à l’époque et a été adaptée aux sensibilités contemporaines par Scott et une troïka inhabituelle de scénaristes : Nicole Holofcener et deux des stars du film, Matt Damon et Ben Affleck. Ensemble, ils arrachent la feuille de vigne moisie d’un incontournable d’Hollywood, la romance à la Arthurienne – avec son code chevaleresque, ses vertus chevaleresques et ses manières courtoises – pour révéler un monde mercenaire et transactionnel d’hommes, de femmes et de pouvoir. Le résultat est justement anti-romantique.

Damon, moche avec des cicatrices faciales tranchantes et un mulet comiquement abject, joue Jean de Carrouges, un noble malchanceux qui joint les deux bouts en se battant au nom du roi. Les machinations commencent tôt et s’accélèrent rapidement après son mariage avec une femme plus jeune, Marguerite (Jodie Comer), qui illumine sa vie mais ne fait pas grand-chose pour son tempérament aigre ou son toilettage malheureux. vaniteux et mesquin, les lèvres vissées dans un pli, Jean s’installe avec Marguerite mais bouillonne autour de son ami devenu antagoniste, Jacques Le Gris (Adam Driver, un Basil Rathbone juteux), un grimpeur social aligné avec le comte Pierre, un pouvoir licencieux joueur (Affleck, dans la gloire débauchée).

C’est une gamme juteuse de personnages familiers qui sont plus gourmands et plus petits que ceux qui peuplent habituellement les épopées historiques. Mais il n’y a pas de noblesse oblige ou d’amour courtois, pas de dragons, de femmes sorcières ou d’accents britanniques magnifiants. Au lieu de cela, il y a des dettes, des rancunes, des bagarres, des liaisons, une nymphe nue occasionnelle et des hommes qui se disputent sans cesse la position. Jean épouse Marguerite pour accroître son prestige et sa richesse ; Jacques s’enrichit en s’attirant les faveurs de Pierre. Pour sa part, Marguerite est transmise de père en mari, qui plus tard, dans un moment surprenant, lui ordonne d’embrasser Jacques en public comme preuve de la bonne volonté retrouvée de Jean envers son ennemi. C’est un geste catastrophique.

L’action de l’histoire est viscérale et implacable ; l’atmosphère grise et épaisse d’intrigues. Scott aime en jeter beaucoup à l’écran – le film regorge d’hommes rugissants, de chevaux au galop, de sbires hurlants – ce qui peut encombrer une histoire mais crée ici un élan insistant. Ce désabonnement met en relief les morceaux les plus silencieux, vous donnant de l’espace pour respirer et les personnages le temps de planifier. Ces accalmies permettent également aux cinéastes d’exposer certains des détails bruts de la vie quotidienne au Moyen Âge, même pour un noble comme Jean qui part à la guerre pour de l’argent. Dans ce monde de relations homosociales, les hommes négocient continuellement et souvent violemment leur place parmi les autres hommes, et toujours pour le gain.

Le script est solide, astucieux et assez fidèle à son matériel source, le tourne-page non-fiction d’Eric Jager « The Last Duel: A True Story of Crime, Scandal and Trial by Combat ». Le crime en question était le viol présumé en 1386 de la femme d’un noble par un autre de rang inférieur. Son mari a présenté l’affaire à Charles VI, réclamant le droit à un duel judiciaire, ou à un procès au combat. Si le mari gagne, cela prouve ostensiblement la véracité de sa réclamation, c’est-à-dire la volonté de Dieu. Mourir ou céder, il est coupable ; s’il survit, il sera pendu et sa femme brûlée vive. Comme le souligne Jager, le viol était un crime dans l’Europe médiévale, même passible de la peine de mort, mais ce n’était pas un crime contre la femme mais contre son tuteur masculin.

Jager donne leur dû aux trois personnages au centre de ce drame, bien que, comme le texte médiéval qui l’a inspiré, son récit soit orienté vers les nobles en duel. Le film essaie de mettre Marguerite au premier plan en faisant d’elle une participante relativement égale à sa propre tragédie. Il le fait à un niveau structurel en divisant l’histoire en chapitres et en plaçant sa version des événements à côté de celles des deux hommes : il a dit, il a dit, elle a dit. Cette division évoque «Rashomon», dans lequel divers personnages racontent le même crime – également un viol – à partir de points de vue contradictoires, créant un sentiment de vérité relative. Mais il n’y a pas une telle ambiguïté dans « The Last Duel ».

Le viol en tant que complot a une longue et grotesque histoire ; c’est utile pour les métaphores et les chocs mais a rarement quelque chose à voir avec les femmes, leur corps ou la douleur. En présentant le point de vue de Marguerite – tout change de manière significative dans sa version, y compris la façon dont elle voit son mari et l’agression – « The Last Duel » cherche à renverser cette tradition. Il n’y parvient pas pleinement et le film penche toujours vers les hommes, leurs actions et leurs stratagèmes. C’est en partie un problème d’histoire. En tant que femme du 14ème siècle, Marguerite est élevée pour acquiescer et, pour la plupart, est agi plutôt que d’actes. Bien que le film soit féministe dans son intention et son sens, et bien qu’elle dispose d’un temps narratif, elle reste désespérément opaque, sans la vie intérieure pour équilibrer les hommes qui se débattent activement.

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