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Avis | Poutine dirige la Russie comme un asile

Une institution psychiatrique n’est pas seulement pleine de patients. Il y a aussi des préposés. Dans la Russie de M. Poutine, ces rôles sont joués par des responsables du gouvernement, de la défense et de l’application de la loi, des propagandistes et de riches hommes d’affaires, tous soigneusement contrôlés par des responsables de la sécurité. Les membres de cette cohorte, passés au crible et filtrés par le Kremlin, se considèrent comme les maîtres du pays et le pays lui-même comme leur propriété. Ils n’ont d’autre idéologie que le culte servile de leurs supérieurs pour leur propre profit.

M. Poutine leur ordonne de garder les gens dans la peur, d’inciter à la haine, d’étouffer la liberté de pensée – et chacun d’eux contribue à cette mission. Grâce à eux, l’État pénètre dans tous les recoins. Dans toute la société, ils construisent des imitations du régime de M. Poutine – dans le gouvernement local, le secteur caritatif, même les associations de bénévoles – juste pour empêcher quiconque de commencer quelque chose qui n’est pas soumis à l’État. M. Poutine pardonne à ces gens la corruption, la torture, etc., tant qu’ils réussissent à garder le quartier. Ils fonctionnent tous de manière différente, mais ensemble, ils sapent la volonté des citoyens et renforcent leur obéissance. Comme on dit en Russie, la moitié du pays est en prison et l’autre moitié est sous garde.

Bien sûr, la vie est plus compliquée que n’importe quelle métaphore, surtout dans la société atomisée de la Russie. Il y a beaucoup de gens en Russie qui ne sont ni les patients ni les assistants de l’asile pénitentiaire de M. Poutine – comme le montre le large éventail de la société qui s’est immédiatement opposé à la guerre. Des scientifiques, des étudiants, des travailleurs caritatifs, des architectes et même des artistes célèbres sont descendus dans la rue et ont signé des pétitions. Lorsque cette manifestation de résistance s’est heurtée à la répression, de nombreux esprits indépendants ont complètement quitté la Russie.

Mais la métaphore capture une vérité fondamentale sur la Russie d’aujourd’hui : M. Poutine exerce le pouvoir non pas par consentement mais par coercition. Un véritable enthousiasme pour la guerre présidentielle, par exemple, semble faire défaut. Sinon, il n’aurait pas qualifié cela d ‘«opération spéciale», fermé les quelques médias indépendants restants immédiatement après le début de la guerre, bloqué les réseaux sociaux, introduit de nouvelles lois draconiennes et persécuté les gens pour les gestes anti-guerre les plus insignifiants.

M. Poutine sait aussi sûrement qu’il siège depuis trop longtemps au Kremlin et qu’il perd une partie de son emprise sur le pays. En février 2021, par exemple, 41% des répondants à un sondage ont déclaré qu’ils souhaitaient que le président quitte ses fonctions après 2024 – un résultat impressionnant compte tenu du danger de s’exprimer. Mais M. Poutine ne partira pas. Il sait que peu importe la grandeur d’un personnage historique qu’il s’est peint, après son départ, il devra payer pour ses péchés.

Dans seulement deux ans, il devra faire face à une autre élection décorative, pour laquelle il a réécrit la Constitution. En Ukraine, il voulait une victoire rapide pour que personne ne songe à le remplacer par quelqu’un d’autre. Son plan était de rediriger la frustration et l’agression publiques accumulées loin de lui-même et vers ses «ennemis» – l’Ukraine et l’Occident. De cette façon, il pourrait valider son droit de rester sur le trône en tant que grand leader qui avait changé l’ordre mondial. Mais grâce à l’opposition farouche de l’Ukraine, son plan sanguinaire n’a pas fonctionné.

Il est clair que M. Poutine prévoit de prolonger sa guerre meurtrière, dans l’espoir de survivre à ses adversaires. L’avenir est impossible à prévoir. Mais ce que l’on peut dire sans équivoque, c’est que la société russe, après tant d’années de psychiatrie punitive de M. Poutine, aura besoin d’une très longue réhabilitation.