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Aristide a demandé aux Français de payer des réparations à Haïti. Il a fini en exil.

Les paiements d’Haïti à ses anciens maîtres esclavagistes se sont accumulés pendant des générations, coûtant à son économie des milliards de dollars au fil du temps, selon l’analyse du Times, et une banque publique peu connue appelée la Caisse des Dépôts et Consignations a collecté la grande majorité de l’argent.

Mais après le tremblement de terre désastreux d’Haïti en 2010, Didier Le Bret, l’ambassadeur de France, a déclaré que la banque l’avait contacté pour l’aider et, au moins en partie, faire amende honorable : elle a fait don d’environ 400 000 dollars.

Un porte-parole de la banque a déclaré que le don faisait simplement partie de sa politique d’aide aux pays touchés par une catastrophe humanitaire. Mais Augustin de Romanet, directeur de la banque au moment du don, a déclaré au Times qu'”il y avait probablement des choses utiles à faire envers Haïti, compte tenu de ce qui s’était passé dans le passé”.

Le geste discret de la banque, aussi minime soit-il, s’adressait à un phénomène plus vaste : M. Aristide n’est plus au pouvoir depuis 2004, mais son combat a forcé un lent, souvent douloureux, règlement de comptes en France.

Ces dernières années, des intellectuels célèbres se sont prononcés en faveur de la restitution et les universitaires ont de plus en plus exploré les aspects économiques et juridiques des réparations. L’année dernière, l’organisme national de recherche public français a publié une base de données répertoriant les indemnisations versées aux esclavagistes français, y compris ceux d’Haïti.

Myriam Cottias, qui a supervisé la base de données, était membre de la commission française qui a rejeté les appels à restitution de M. Aristide il y a deux décennies. Mais elle a dit que son point de vue avait changé et que les réparations devraient être discutées.

“Le débat, oui, il faut le soulever”, a-t-elle dit.

Les autorités françaises ont parfois fait preuve d’une certaine volonté d’aborder également ce passé. À la mi-décembre, le ministère français des Finances a accueilli, pour la première fois, un symposium international sur l’économie de l’esclavage, avec des conférences portant spécifiquement sur l’histoire des paiements d’Haïti à la France.

Mais le débat public a impliqué une marche sur la corde raide rhétorique.

Dans son discours de 2015, M. Hollande, président de la France, a reconnu que les paiements d’Haïti à ses anciens maîtres esclavagistes étaient parfois appelés “la rançon de l’indépendance”.

“Quand je viendrai en Haïti”, a-t-il dit, “je rembourserai, pour ma part, la dette que nous avons.”

La foule devant lui, qui comprenait des chefs d’État africains et le président haïtien, s’est immédiatement levée pour applaudir.

“Les gens ont pleuré”, a rappelé Michaëlle Jean, l’ancienne secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, qui a assisté au discours. “C’était immense.”

Quelques heures plus tard, les assistants de M. Hollande ont émis une mise en garde majeure : M. Hollande ne parlait que d’une « dette morale » que la France devait à Haïti, et non d’une dette financière. Le gouvernement français maintient la même position aujourd’hui. (M. Hollande a refusé de commenter cet article.)

La position délicate de la France envers Haïti reflète une incertitude persistante, parfois un malaise, sur la manière d’aborder le passé colonial et esclavagiste du pays. En 2016, le parlement français a symboliquement abrogé l’ordonnance de 1825 qui exigeait des paiements haïtiens aux anciens esclavagistes – mais s’est arrêté avant d’envisager toute restitution financière.

“On ne peut pas, objectivement, présenter le moindre argument qui prétend que nous ne devons rien à Haïti”, a déclaré Christiane Taubira, ministre de la Justice dans le gouvernement de M. Hollande, dans une interview.

Avec le recul, M. Aristide a déclaré que sa campagne de restitution avait au moins conduit à la reconnaissance française de son passé.

“Si je ne m’étais pas posé la question en 2003, probablement en 2015, François Hollande n’aurait pas reconnu sa dette”, a-t-il déclaré.

“C’était une étape”, a-t-il déclaré. “Ce n’est pas fini.”