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BERLIN (Reuters) – La décision de la Grande-Bretagne d'autoriser ou non Huawei à fournir des équipements pour les réseaux mobiles 5G arrive à un moment délicat, avec un débat qui fait rage dans les capitales européennes sur les implications sécuritaires de la dépendance à la technologie chinoise.

Alors que la Grande-Bretagne décide, l'Europe se débat avec l'énigme de Huawei

PHOTO DE FICHIER: Un logo de la société Huawei à l'aéroport international de Shenzhen à Shenzhen, province du Guangdong, Chine, 22 juillet 2019. REUTERS / Aly Song / File Photo

En Allemagne, la préférence de la chancelière Angela Merkel pour appliquer les mêmes règles à tous les fournisseurs d'équipement fait face à une résistance croissante de la part des législateurs de son propre parti, qui soutiennent les appels des États-Unis pour interdire complètement Huawei.

Alors que la Grande-Bretagne se prépare à quitter l'Union européenne, la touche finale est toujours mise sur un cadre à l'échelle du bloc pour faire face aux risques dans les réseaux qui deviendront plus rapides et plus omniprésents à l'ère de la 5G.

Les principaux opérateurs de télécommunications européens, qui sont tous des clients de Huawei, militent contre une interdiction totale.

Dans le même temps, ils retirent l’équipement de la société chinoise du «cœur» de leurs réseaux. Le cœur achemine le trafic et gère les données et est donc plus sensible que le réseau radio périphérique.

Voici un explicateur sur l'état actuel des choses:

JEU ALLEMAND

En Allemagne, les législateurs de tous les partis contestent le pragmatisme de Merkel. Ils sont d'accord avec les arguments de l'administration Donald Trump selon lesquels on ne peut pas faire confiance à Huawei car il est redevable au gouvernement chinois. Huawei le nie.

Merkel a appelé à une pause dans le débat interne avant un sommet européen de mars, renforçant une boucle de rétroaction qui, selon des sources bruxelloises, a déjà ralenti les efforts pour parvenir à un consensus à l'échelle du bloc et retardé le cadre 5G, surnommé la boîte à outils.

Les inquiétudes exprimées par la puissante industrie automobile allemande selon lesquelles une interdiction de Huawei pourrait provoquer des représailles commerciales de la Chine – son plus grand marché d'exportation – ont influencé la pensée de Merkel et de ses principaux collaborateurs.

CE QUI EST EN JEU?

Les opérateurs Deutsche Telekom, Vodafone et Telefonica sont tous des clients Huawei. Ils préviennent que le remplacement de son kit pourrait coûter des milliards d'euros, en plus des dépenses importantes pour le spectre allemand 5G aux enchères l'année dernière.

Plus largement, l'Europe est apparue comme un champ de bataille dans la technologie de la «guerre froide» entre la Chine et Washington. Les concurrents européens de Huawei, Ericsson et Nokia, deviendraient un duopole de fournisseurs en cas de fermeture de la société chinoise.

Huawei domine le marché mondial des équipements de télécommunications avec une part de 28%, selon le consultant américain Dell’Oro. Nokia est deuxième avec 16% et Ericsson troisième avec 13%. Sa part est plus élevée en Europe et elle est interdite aux États-Unis.

QU'EN EST-IL DE LA BOÎTE À OUTILS?

La boîte à outils proposée, qui doit sortir cette semaine, créera un cadre pour analyser et traiter la sécurité du réseau, mais elle ne servira qu'à formuler des recommandations car les règles de l'UE stipulent que la politique de sécurité est du ressort des gouvernements nationaux.

Il n'y aurait pas d'interdiction immédiate, mais le commissaire européen Thierry Breton, de France, a clairement indiqué – dans un message codé à Huawei – que l'UE affirmerait son statut d'espace souverain en ce qui concerne les réseaux de télécommunications.

Les pays de l'UE devraient évaluer le profil de risque des fournisseurs au niveau national ou européen et appliquer des restrictions aux fournisseurs à haut risque, y compris les exclusions nécessaires pour atténuer efficacement les risques pour les actifs clés, indique le projet de document.

L'EXCEPTION FRANÇAISE

En France, le leader du marché Orange, en partie détenu par l'État, n'utilise pas Huawei pour son réseau domestique. Il s'appuie cependant sur Huawei en Espagne et en Pologne.

Les concurrents Bouygues Telecom et SFR d'Altice Europe sont tous deux des clients de Huawei, ce qui soulève une incertitude potentielle alors que la France s'apprête à vendre le spectre 5G au début de cette année.

PRAGMATISTES ET SCEPTIQUES

Dans l'UE, aucun gouvernement n'a encore imposé une interdiction totale à Huawei. Les attitudes vont de l'accueillant au sceptique, reflétant des perceptions et des attitudes divergentes à l'égard de Washington et de Pékin.

À l'extrémité amicale du spectre, il y a eu peu de débat en Espagne sur les risques que Huawei pourrait poser. La Hongrie a accueilli Huawei, affirmant qu'elle ne voit aucune preuve à l'appui des allégations américaines sur les risques de sécurité.

Parmi les sceptiques, le chien de garde de la cybersécurité de la République tchèque a émis un avertissement à toutes les sociétés de réseau critiques, identifiant les risques d'équipement des fournisseurs chinois Huawei et du plus petit ZTE.

Ailleurs, les Pays-Bas et l'Italie ont évoqué des mécanismes rétroactifs de retrait des équipements chinois en cas de manquement. La Pologne pourrait imposer des exigences de sécurité plus strictes aux éléments du cœur de réseau qui acheminent le trafic et gèrent les informations sensibles.

Dans l'ensemble, l'Europe semble manquer d'appétit pour des interdictions absolues, et tout consensus atteint sur une boîte à outils normalisée représenterait une grande victoire pour Huawei. Cela n'éliminerait cependant pas le risque qu'il soit expulsé des marchés individuels à un stade ultérieur.

Reportage par Douglas Busvine; Rapports supplémentaires de Foo Yun Chee, Elvira Pollina, Isla Binnie, Toby Sterling, Anna Koper, Jan Lopatka, Gergely Szakacs et Radu Marina; Montage par David Goodman

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