6 dirigeants d’Apple Daily plaident coupables à des accusations en vertu de la loi de Hong Kong visant à faire taire l’opposition

Six anciens dirigeants d’un journal pro-démocratie de Hong Kong, aujourd’hui disparu, ont plaidé coupables mardi à une accusation de collusion en vertu de la loi sur la sécurité nationale qui a réduit au silence et emprisonné la plupart des voix de l’opposition dans le territoire du sud de la Chine.

Les membres du personnel d’Apple Daily ont été arrêtés l’année dernière lors d’une répression contre la dissidence après que Pékin a imposé la vaste loi sur la sécurité en réponse aux manifestations antigouvernementales généralisées en 2019. Ils ont été accusés de complot en vue de commettre une collusion avec des forces étrangères pour mettre en danger la sécurité nationale.

La loi criminalise les actes de succession, de subversion, de terrorisme et de collusion avec des forces étrangères. Sa peine maximale est la réclusion à perpétuité. Mais les six devaient recevoir des peines moins sévères en raison de leurs plaidoyers de culpabilité.

L’éditeur Cheung Kim-hung, l’éditeur associé Chan Pui-man, le rédacteur en chef Ryan Law, le rédacteur en chef exécutif Lam Man-chung et les éditorialistes Fung Wai-kong et Yeung Ching-kee ont admis avoir conspiré avec le fondateur du journal, Jimmy Lai, d’appeler à l’imposition de sanctions ou d’un blocus, ou de se livrer à d’autres activités hostiles contre Hong Kong ou la Chine.

Hong Kong a perdu plus de 60 places pour se situer à la 148e place du dernier Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières publié en mai. Le chien de garde des médias a cité la fermeture d’Apple Daily et de Stand News, un média vocal en ligne qui a gagné en popularité lors des manifestations de 2019 mais a été contraint de fermer pendant la répression en cours.

Les journalistes d’Apple Daily détiennent des exemplaires fraîchement imprimés de la dernière édition du journal en juin 2021. La loi radicale a été imposée en réponse aux manifestations antigouvernementales généralisées en 2019. (Daniel Suen/AFP via Getty Images)

L’organisme de surveillance a également déclaré que la liberté de la presse dans la ville avait connu “un revers sans précédent” depuis l’introduction de la loi sur la sécurité qui “sert de prétexte pour bâillonner les voix indépendantes” au nom de la lutte contre les crimes contre la sécurité nationale.

Les procureurs ont allégué que trois sociétés liées à Apple Daily étaient également impliquées dans le complot du 1er juillet 2020 – le lendemain de l’introduction de la loi sur la sécurité nationale – au jour de la dernière édition imprimée du journal, le 24 juin 2021.

Ils ont souligné la version anglaise de la publication, alléguant qu’elle avait été introduite par Lai dans le but de demander aux forces étrangères d’imposer des sanctions ou d’être hostiles à Hong Kong ou à la Chine. Ils ont dit que Lai était le cerveau du complot et que les six ont agi pour mettre en œuvre les plans. Après la promulgation de la loi sur la sécurité, le Apple Daily a condamné la législation comme une “loi diabolique” et a appelé à la résistance, ont-ils ajouté.

6 dirigeants d'Apple Daily plaident coupables à des accusations en vertu de la loi de Hong Kong visant à faire taire l'opposition
Le magnat des médias Jimmy Lai, fondateur d’Apple Daily, vu arriver au tribunal pour répondre à une accusation d’intimidation criminelle à Hong Kong, le 20 août 2020. (Tyrone Siu/Reuters)

Lai et les trois sociétés devaient plaider non coupables de leur accusation et leur procès devrait commencer le 1er décembre. S’il est reconnu coupable, Lai risque la réclusion à perpétuité. Si les entreprises sont reconnues coupables, elles pourraient être condamnées à une amende et les produits tirés du crime confisqués.

Après avoir entendu leurs plaidoyers et le dossier de l’accusation, un juge de la Haute Cour a condamné les six. Leurs peines seraient prononcées après le procès de Lai.

Des journalistes locaux et d’anciens employés d’Apple Daily étaient parmi les spectateurs, certains saluant les accusés avant et après l’audience.

La police a emporté des disques durs et des ordinateurs portables comme preuves lors d’un raid dans les bureaux d’Apple Daily en juin 2021, envoyant des ondes de choc dans les médias de la ville. Les arrestations de cadres supérieurs, de rédacteurs en chef et de journalistes du journal, ainsi que le gel de 2,3 millions de dollars américains d’actifs, l’ont conduit à cesser ses activités. Il s’est vendu à un million d’exemplaires de son édition finale.

6 dirigeants d'Apple Daily plaident coupables à des accusations en vertu de la loi de Hong Kong visant à faire taire l'opposition
La police de Hong Kong a arrêté Lai et fait une descente au siège de l’éditeur en août 2020, dans le cadre d’une utilisation très médiatisée de la nouvelle loi sur la sécurité nationale. (Apple Daily via l’Associated Press)

Par ailleurs, neuf personnes ont été reconnues coupables d’émeute lors d’une violente manifestation en octobre 2019 devant un autre tribunal de Hong Kong mardi. Ils faisaient partie des milliers d’habitants qui ont été arrêtés pour leur rôle dans les manifestations généralisées il y a trois ans.